21 avril 2017

Pour François Fillon, les journalistes ne devraient être que des greffiers


François Fillon, comme d’autres candidats, a décidé de mettre un terme à sa campagne publique suite à l’attentat d’hier soir à Paris. Il va pouvoir souffler un peu et surtout prendre de la distance par rapport à ses propositions, ses affaires, ses réponses aux journalistes. Du moins, pour ces dernières, quand il accepte les entretiens avec la presse. Car François Fillon est un original. Il est, avec Marine Le Pen, celui qui choisit les journaux ou les émissions, et surtout celui qui, par avance, fixe le programme du contenu des discussions avec les journalistes.

Ces derniers ne sont pas bien vus durant cette campagne électorale. Plusieurs d’entre eux, photographes, cadreurs, rédacteurs, ont été plusieurs fois pris à partie par les supporteurs de François Fillon (1) voire frappés par le service d’ordre du candidat de la droite et du centre ( !). C’est dire le niveau de haine et de ressentiment exprimés par cette violence tripale à l’égard d’une corporation qui, jusqu’à preuve du contraire, n’a fait que son travail d’information et de mise au jour des turpitudes de l’ancien Premier ministre. Dans une société démocratique, les citoyens et à plus forte raison les élus, doivent accepter qu’une presse libre diffuse des informations sérieuses, recoupées, sourcées quand c’est possible. Car il est facile de comprendre qu’un informateur digne de ce nom doit voir son identité protégée et tue eu égard aux conséquences professionnelles ou personnelles qu’il encourrait en cas de divulgation. La loi a d’ailleurs prévu de protéger le secret des sources à cette fin.

Revenons à Fillon. Sur proposition du journal Le Monde, il avait accepté, il y a plusieurs semaines, le principe d’un « questions-réponses » à publier avant le premier tour. Sa situation politico-judiciaire ayant évolué avec sa mise en examen, François Fillon a posé des conditions à la concrétisation de l’entretien : Il n’y aura pas de questions sur les affaires ! Évidemment, le rédacteur en chef du Monde a fait savoir que cette exigence était inacceptable dans un contexte aussi sensible à l’égard de la corruption en général  et des « facilités » de certains élus en particulier. Pour se justifier, François Fillon a répondu qu’il était le seul diriger sa campagne, quant aux questions « c’est lui qui les posait. » Autrement dit, les journalistes deviennent des greffiers et leur rôle totalement artificiel.

Il n’y a que dans les démocratures, les dictatures et les régimes totalitaires (comme en Russie ou en Turquie) que la presse est muselée et les journalistes aux ordres. La conception de François Fillon est erronée, scandaleuse et critiquable. Quand on espère devenir le Président de la République, on doit, au contraire, défendre la liberté philosophique et toutes les libertés formelles d’une démocratie française adulte. Dès sa mise en examen François Fillon aurait dû mettre les pouces. Ça lui aurait évité la pathétique photo de la poignée de main avec un Alain Juppé aux allures d’extraterrestre. Personne n'est dupe.

(1) Il n’y avait guère que dans les meetings du Front national que la presse était conspuée.

19 avril 2017

Dimanche les électeurs de gauche auront le choix entre éthique de conviction et éthique de responsabilité


Les électeurs (trices) de gauche auront l’embarras du choix à l’occasion du premier tour de la présidentielle de dimanche. Trois candidats s’en réclamant, peu ou prou, espèrent obtenir les suffrages des Français(e)s pour tenter de devenir le premier personnage de l’Etat. Le choix est difficile car complexe. Selon que les électeurs(trices) adopteront une éthique de responsabilité ou une éthique de conviction, leur bulletin ne sera pas le même.
Ethique de conviction tout d’abord. Les socialistes et leurs sympathisants n’auront d’autre option que de voter pour Benoît Hamon. Le vainqueur de la primaire de la Gauche, malmené dans les sondages, victime à la fois des traîtrises internes et du vote utile, ne peut plus espérer passer le premier tour. Le candidat méritait mieux eu égard à sa personnalité et la qualité ambitieuse de son projet.
Ethique de conviction, encore, pour les supporteurs de Jean-Luc Mélenchon. L’ancien ministre de François Mitterrand a intégré tous les codes d’une campagne maîtrisée et cohérente. Il séduit bien au-delà de la gauche de la gauche puisque des électeurs de François Hollande en 2012 et des habitués de l’abstention ont décidé de soutenir le chef des insoumis.
Ethique de responsabilité, enfin, avec Emmanuel Macron. L’ancien ministre de François Hollande semble en position d’atteindre le second tour et de battre Marine Le Pen ou François Fillon si les électeurs(trices) de droite oublient ses démêlés avec la justice et mettent de côté leurs états d’âme comme dirait Nicolas Sarkozy. Emmanuel Macron profitera sans doute de sa jeunesse, de son sens du compromis (il en faut pour obtenir à la fois le soutien de Robert Hue et de François Bayrou) et d’un mouvement fondé sur le « moindre mal. »
Selon que vos sentiments vous porteront plutôt vers la conviction ou plutôt vers la responsabilité, votre choix sera fait. Si vous votez à gauche évidemment.

(Article à paraître dans la Dépêche du jeudi 20 avril)

17 avril 2017

Erdogan gagne son référendum mais à quel prix ?


Quand on lit les résultats du référendum turc organisé hier par le président Erdogan, on ne peut que déplorer la disparition de la démocratie au bénéfice d’une autocratie dangereuse. En concentrant les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, Erdogan sort des schémas institutionnels propres aux canons de nos républiques. Il devient l’homme fort de la Turquie avec 51 % des voix et musèle toutes ses oppositions déjà bien mal en point après les décisions présidentielles succédant au coup d’état de juillet dernier. Il ne manque plus que l’organisation d’un référendum rétablissant la peine de mort pour tuer définitivement le projet d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne aujourd’hui bien mal en point.

Malgré la suspicion de manipulations et de fraudes, Erdogan a gagné son pari. Certes, il ne s’agit pas d’un plébiscite puisque la Turquie est nettement divisée en deux et que les grandes villes dont Ankara, Izmir et Istanbul ont voté contre le oui. Le principe du référendum — je l’ai souvent écrit sur ce blog — ne permet pas les nuances : c’est oui ou c’est non ! C’est souvent ainsi que les défenseurs du référendum conçoivent le dialogue démocratique : passer au-dessus des partis, des corps intermédiaires et éviter toute explication rationnelle ou tout débat contradictoire structuré. C’est si vrai que les 18 articles approuvés hier par les Turcs n’ont même pas été adressés aux citoyens qui n’ont reçu que deux bulletins de couleur. La campagne a été marquée par l’omni présence d’Erdogan sur les affiches, les écrans de télévision, l’opposition devant se contenter de la portion congrue. Et quand on pense à tous ces journalistes, démocrates, universitaires, fonctionnaires, emprisonnés et réduits au silence, il est déjà miraculeux que près de 49 % des Turcs aient répondu Non.

Voilà pourquoi je combats le référendum. Il a toutes les apparences de la démocratie mais en réalité il n’est qu’un outil de puissance. Dans des mains dangereuses, il devient un instrument d’oppression au service d’un parti, d’un clan, d’un homme. En France, les défenseurs acharnés du référendum que sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon savent combien l’émotion et le « simplisme » comme dirait François Hollande ont de prise sur l’opinion. Les gaullistes aussi aimaient bien le référendum. De Gaulle l’a d’ailleurs payé au prix fort en 1969 car il arrive, parfois, que ceux qui posent les questions reçoivent de mauvaises réponses. Ou en tout cas, pas celles qu'ils escomptent.

16 avril 2017

Quelques réflexions au débotté : Donald Trump va-t-en guerre, Fillon et Sens commun, Mélenchon et Macron…


Femmes françaises : attention au vote Le Pen
Les femmes françaises devraient s’interroger sérieusement avant le premier tour de l’élection présidentielle. Alors même que Donald Trump a pris un décret interdisant à l’Etat fédéral de subventionner les cliniques pratiquant des IVG (interruption volontaire de grossesse) les Républicains américains montent à nouveau au créneau pour tenter d’obtenir de la Cour suprême, dans un mois, dans un an, l’interdiction de l’avortement sur le territoire des États-Unis. Les mouvements anti-IVG, souvent religieux, sont de véritables machines de guerre. Certains médecins ou personnels soignants ont même perdu la vie à cause de leur engagement en faveur des femmes en détresse.
Malgré les mises en garde des opposants à Donald Trump et aussi à la liberté des femmes de disposer de leur corps, le nouveau président des États-Unis applique le programme pour lequel il a été élu même si, aujourd’hui, et sur bien des aspects, il est devenu minoritaire. Pourquoi les femmes françaises devraient-elle y regarder à deux fois avant de voter pour Marine Le Pen ? Cette dernière a déclaré qu’elle ne remettrait pas en cause la loi sur l’IVG mais Marion Maréchal Le Pen, elle, s’affirme franchement contre l’existence de cette loi et donc contre son application. Rien ne prouve que si Marine Le Pen disposait d’une majorité à l’Assemblée nationale, elle ne proposerait pas, elle ou des députés FN majoritaires, une nouvelle loi interdisant l’IVG. Si tel était le cas, des centaines de milliers de Français et de Françaises descendraient dans la rue comme ce fut le cas en Espagne lorsque le gouvernement conservateur a voulu revenir sur l‘application de la loi relative à l’IVG.

Robert Bourgi, l'homme des costumes, invité à mentir
Dans un entretien accordé à Mediapart, Robert Bourgi, l’homme qui a offert des costumes à François Fillon, regrette que la famille de ce dernier et ses communicants l’aient tanné pendant une semaine avant la publication de l’article du JDD pour qu’il refuse de donner son nom publiquement et mente, à l’occasion, s’il était interrogé. L’homme d’affaires libanais, avoue-t-il, a bien été obligé de reconnaître devant les policiers qu’il était celui qui avait offert au vainqueur de la primaire de la droite, ces costumes de chez Arnys, d’une valeur de 13 000 euros.
L’affaire se corse quand le site laisse entendre aujourd’hui, que les costumes remis aux policiers de Nanterre ne seraient pas les costumes taillés sur mesure pour l’ex-futur président de la République. Assurément, ces problèmes de vêtements causent quelque trouble dans un électorat qui, s’il ne fait pas de la probité un devoir, considère que François Fillon ne présente pas tous les caractères d’exemplarité requis. On apprend même que Pénélope n’a pas commencé à travailler pour lui, auprès de lui, à côté de lui…en 1988 mais en 1980 lorsque François Fillon œuvrait pour Joël Le Theule, son mentor de la Sarthe. On peut dire merci aux journalistes dont certains prennent des coups (physiquement) sous les chapiteaux du candidat LR !

Sens commun au gouvernement : un non sens
Restons avec François Fillon. Il vient de rendre publique une information de première importance. En déclarant que des membres de Sens commun pourraient participer à son éventuel futur gouvernement, l’ancien premier ministre tombe le masque. Il est vrai qu’il a une dette à l’égard de cette association de catholiques intégristes. C’est elle qui a assuré le succès populaire de la manifestation du Trocadéro, commandé les bus et qui, initialement, voulait en faire une manif anti-juges. Au fond Fillon, s’il est élu, passera son temps à renvoyer l’ascenseur à tous ceux qui, financièrement ou idéologiquement, lui auront sauvé la mise.
Il n’est pas rassurant de savoir que notre — éventuel — président de la République ferait appel à des militants en première ligne contre le mariage pour tous, un droit acquis par la loi qui ne perturbe ni la société ni ne porte atteinte à la liberté. François Fillon aurait dû écouter avec plus d’attention la lecture de l’Evangile du prêtre réunionnais. Ce dimanche-là, l’église avait un autre visage que celui de Sens commun.

La proportionnelle à l'Assemblée nationale : danger
Mes amis Mélenchonistes me pardonneront d’avoir lu intégralement le programme de leur candidat préféré. Etre excellent tribun c’est bien mais au service d’un projet porteur de progrès c’est mieux. Si je peux être d’accord avec une importante partie du projet de l’ancien sénateur socialiste, je m’inscris en faux contre la volonté d’ériger la proportionnelle pour l’élection des membres de l’Assemblée nationale. Jamais, ô grand jamais, une majorité stable et claire ne pourra gouverner durablement dans ces conditions.
Le système allemand est plus juste. Il permet l’élection des membres du Bundestag à la fois aux scrutins majoritaire et proportionnel de telle sorte que tous les partis ayant une influence dans l’opinion publique soient représentés. La proportionnelle intégrale est sans doute juste politiquement mais elle rend l’exécutif impuissant. Pierre Mendès France a été l’une des principales victimes d’une assemblée nationale aux majorités velléitaires et changeantes. Gardons-nous en bien. Je passe sur le referendum révocatoire dont l’application au Vénézuela, notamment, ne me paraît pas probante. Il est vrai que, par principe, le referendum suscite ma méfiance et ma défiance.

Plus de confiance pour les chômeurs
De même, mes amis Macronistes me pardonneront d’avoir lu intégralement le programme d’Emmanuel Macron et de ne pas juger pertinentes ses propositions relatives au traitement du chômage. Je n’aime pas cette suspicion à l’égard des personnes sans emploi et cette menace de suppression des indemnisations en cas de refus de postes ne correspondant pas toujours (souvent) aux qualifications des salariés. S’il a raison d’insister sur la nécessité d’une formation qualifiante, le candidat d’En Marche doit aller au bout de sa logique et ne pas pénaliser des personnes victimes des délocalisations, des erreurs d’entreprises mal gérées, des fermetures boursières ou encore victimes de la précarité ou des contrats à durée déterminée devenus, malheureusement, la règle. La flexi-sécurité à la nordique exige des engagements contractuels entre les employeurs et les salariés fondés sur une confiance réciproque pas sur les seules lois du marché par nature aveugles.

Législatives : que cent candidatures fleurissent
Un certain François Marie Peloffy a distribué dans les boites à lettres de Louviers sa profession de foi de candidat aux élections législatives. Il n’a pas attendu les résultats de l’élection présidentielle qui n’auront aucune influence sur sa candidature puisqu’il se revendique comme « sans étiquette ». Parmi ses propositions, je retiens cette nécessité de conserver toute l’année l’heure d’été ! On aurait, si j’ose donner un sens aux mots, le soleil 365 jours sur 365 et les plages fréquentées plus que de besoin. 
L’horloge biologique n’est pas le seul souci du candidat qui a du chien (cf. sa photo). Il a aussi des propositions à avancer pour éviter les dérives fiscales des entreprises, la protection des salariés, la transition énergétique. Des candidatures farfelues comme celle-là, on en aura d’autres. La démocratie française permet toutes ces initiatives…interdites en Turquie où la dictature pend au nez des citoyens de ce grand pays.

10 avril 2017

Le FN et l'histoire de la seconde guerre mondiale : Marine Le Pen a de qui tenir


Ceux et celles qui connaissent mal ou ne connaissent pas du tout l’histoire de la seconde guerre mondiale pourraient se laisser abuser par les propos récents de Marine Le Pen. La guide du Front national a déclaré sur une radio « que les responsables de la rafle du Vel d’Hiv ce n’était pas la France mais ceux qui étaient au pouvoir ». La rafle du Vel d’hiv, en 1942, demeure une tache indélébile sur les pages de notre histoire. Plus de 13 000 juifs, enfants, parents, vieillards ont été « ramassés » par la police et la gendarmerie française, parqués dans le vélodrome d’hiver dans des conditions d’hygiène et de promiscuité effroyables avant d’être déportés et gazés en Pologne dans les camps de la mort nazis (1).

Il a fallu la franchise et le respect de la mémoire des victimes de la part d’un Jacques Chirac, pourtant gaulliste, mais inspiré, pour déclarer que cet acte inhumain avait été commis au nom de la France par l’Etat français au pouvoir à Vichy. François Hollande marchant dans les pas de Jacques Chirac a réitéré cette responsabilité si difficile à reconnaître par un François Mitterrand dont on ne connaissait pas la face cachée de sa jeunesse à la droite de la droite et son histoire contradictoire avec Vichy d’abord et la résistance ensuite où il s’engagea courageusement il faut l’avouer. Toutefois, son amitié à l’égard de René Bousquet, l’ancien chef de la police de Vichy, en choqua plus d’un.

Emmanuel Macron affirmait ce matin dans un tweet qu’on ne devrait jamais oublier que Marine Le Pen est bien la fille de son père dont les propos négationnistes ont été plusieurs fois condamnés par la justice française. Dans son fol élan nationaliste, Marine Le Pen en oublie les élémentaires faits historiques qui ne font polémique qu’à l’extrême droite. Il est pour le moins étonnant qu’un Florian Philippot ose assurer que la France n’était pas à Vichy mais à Londres alors que Pétain était acclamé par des foules enthousiastes, qu’il s’était trouvé des parlementaires élus (sauf 80 d’entre eux) pour lui accorder les pleins pouvoirs, que des ambassadeurs étrangers considéraient le gouvernement de Vichy comme le gouvernement légal de la France et que peu de Français se souciaient de la condamnation à mort du général de Gaulle (2). Et c’est bien au nom de l’Etat français que le statut des juifs a été édicté et que des sections spéciales ont jugé des Français sans défense contradictoire dans des procès expéditifs dont les jugements étaient écrits d’avance.

Marine Le Pen a commis une bourde énorme. Depuis ce matin, elle rame, rame encore pour tenter d’atténuer la portée de ses propos. Mais les Français, les patriotes dont elle se réclame à tout bout de champ, ne lui feront pas le cadeau d’une excuse. L’expression de Marine Le Pen reprend les vieux thèmes chers à l’extrême droite antisémite. Extrême droite à laquelle appartient son père. Marine a donc de qui tenir.

(1) Moins ce cent des 13 000 ont survécu et son revenus en France après la guerre.
(2) Il y a soixante-dix ans, le tribunal militaire permanent de la 13ème région, siégeant à Clermont-Ferrand, condamnait Charles de Gaulle à la peine de mort pour trahison, atteinte à la sûreté extérieure de l’État, désertion en temps de guerre. Les généraux qui composaient ce tribunal prononçaient également sa dégradation militaire et la confiscation de ses biens.

9 avril 2017

Quelques réflexions au débotté : Poutou, le FN, Poutine, la 4e de l'Eure, Dupont-Aignan et Sortir du nucléaire


Il n’y a guère eu que Luc Ferry pour se plaindre de la tenue vestimentaire de Philippe Poutou lors du débat entre les onze candidats à l’élection présidentielle. Je ne l’ai pas entendu, pourtant, reprocher à François Fillon, qu’il soutient, de s’être fait offrir des costumes (avec cravates ?) comme un vulgaire manant recevant les offrandes d’une association de charité. Je préfère un Philippe Poutou, non en Marcel, comme l’a négligemment rapporté Ferry puisqu’il portait un polo tout à fait conforme à la bienséance, à un Fillon, bien apprêté, costumé et cravaté mais prêt à faire ses cochoncetés (comme disait Léo Ferré) en toute quiétude.
D’ailleurs si on devait retenir une phrase de ce débat, reconnaissons que l’attaque de Philippe Poutou contre les Le Pen-Fillon et leurs affaires a marqué les médias français et étrangers. Enfin une voix s’est élevée pour contester, publiquement, les comportements des deux postulants de droite et d’extrême droite vis à vis de la morale d’abord et de la justice ensuite. Il n’existe pas d’immunité ouvrière ! Voilà ce que nous garderons en mémoire. Merci Monsieur Poutou.

L’autre bonne nouvelle consécutive à la précédente est le coup porté au moral de Marine Le Pen par Philippe Poutou. Elle a enfin trouvé à qui parler ! Demeurée bouche bée lors de l’intervention du candidat du NPA, la guide du Front national a été touchée par les remarques de M. Poutou sur la manière qu’ont les élus FN de se « payer » sur la bête, autrement dit le budget européen.
Les affaires d’emplois fictifs n’éclaboussent pas seulement le clan Fillon. La famille Le Pen et plus largement les affidés qui entourent Marine et Jean-Marie font tourner leur parti en puisant dans les fonds européens…d’une Europe qu’ils abhorrent. Paradoxalement, les élus d’extrême droite mordent la main qui les nourrit sans gêne ni amour propre. Mais le FN n’est pas seul. Tous les partis souverainistes et favorables à l’éclatement de l’Union européenne se gavent d’argent européen. Les Farage, les Le Pen et autres Wilders n’ont aucun scrupule ni aucune gêne à tremper leur cuiller dans la soupe communautaire.

La politique étrangère ne passionne pas les Français. Pourtant, la paix et la guerre en dépendent. Voilà pourquoi il est si intéressant de connaître l’opinion des candidats à la présidentielle à l’égard des grandes puissances que sont les Etats-Unis, la Russie ou la Chine. Marine Le Pen, c’est simple, est une grande admiratrice de Vladimir Poutine. La gestion à poigne du nouveau tsar lui convient, elle qui aime l’ordre même quand il n’est pas juste. Jean-Luc Mélenchon et François Fillon ont également ce point commun, une forme d’admiration du président russe, pourtant autocrate et autoritaire. Ils sont également d’accord (même si les événements récents les ébranlent) sur une recherche de solution avec Bachar Al Assad en Syrie. Hamon et Macron sont clairs : pas de solution politique avec un tyran qui gaze ses propres enfants…
A l’égard de Donald Trump, Marine Le Pen évolue depuis les bombardements de la base syrienne d’où ont décollé les avions porteurs de mort. Tout de même, elle demeure admirative d’un président « populiste » dont l’imprévisibilité l’oblige à des adaptations permanentes. La France perdrait son âme avec une présidente obligée des maîtres du monde !

Dans la 4e circonscription de l’Eure, les candidatures aux législatives émergent peu à peu. Si on est certain de celles de Richard Jacquet (PS) François-Xavier Priollaud (UDI-LR) d’un membre du FN, d’Arnaud Levitre (PCF) on s’interroge toujours sur celles de Bernard Frau (la France insoumise) contesté par Arnaud Levitre soutien de Jean-Luc Mélenchon, de celle du candidat d’En Marche (on évoque Bruno Questel, Franck Martin, François Loncle, une femme, un inconnu…) sans oublier les candidatures éventuelles des Trotskystes, des dissidents de toutes tendances et de toutes origines. Autrement dit, la situation ne s’éclaircira qu’au lendemain du 7 mai quand on connaître le nom du futur président. J’exclus le féminin pour ne pas imaginer la victoire de Marine Le Pen.

Nicolas Dupont-Aignan ne mesure sans doute pas à sa juste valeur le sens des mots.  Interrogé ce midi sur France Inter il affirme : « mes ministres n’auront pas de sang sur les mains. C’est-à-dire qu’ils n’auront pas gouverné jusqu’à maintenant! » Du sang sur les mains ! Voilà comment un candidat à la présidentielle ose qualifier ceux et celles qui, avec des hauts et des bas, ont conduit le destin de notre pays. Certes, Dupont Aignan imagine une situation qui ne risque pas de survenir car il n’a aucune chance de devenir président de la République. Tout juste peut-il « piquer » des voix à François Fillon et l’empêcher de terminer à la seconde place. Ce qui est déjà beaucoup.
Au second tour, son électorat rejoindrait à part égale Marine Le Pen et Emmanuel Macron si ces deux-là s’avéraient être les finalistes. D’un côté l’extrême droite, de l’autre, l’extrême centre.

Le chantier de la centrale de Paluel.
Ségolène Royal a signé le décret impliquant la fermeture à terme de la centrale nucléaire de Fessenheim. Promesse présidentielle tenue. Après bien des hésitations et tergiversations il est vrai. Enfin, le gouvernement de la France a compris que le tout nucléaire serait une impasse : écologique, économique, politique. Il faut mettre le paquet dans le développement des énergies renouvelables. Les façades maritimes de notre pays et de ses départements et territoires d’outre-mer sont si importantes qu’il serait criminel de la pas utiliser les vents, les marées, sans oublier le solaire bien sûr. Il paraît que des centaines de milliers d’emplois pourraient être créés. Sortir du nucléaire n’est plus une vue de l’esprit. Il y a même une association qui porte ce nom !


7 avril 2017

Les pudeurs de gazelle de Cambadélis à l'égard des dissidents


JC Cambadélis et François Loncle sont de vieux amis.
La direction du Parti socialiste est d’une faiblesse insigne. Alors que des membres du PS : candidats, ministres importants, élus de tous niveaux, dont plusieurs députés, rejoignent Emmanuel Macron, Jean-Christophe Cambadélis a des pudeurs de gazelle comme dirait Jean-Luc Mélenchon. Il prend des pincettes et use de formules plus que prudentes pour tenter de sauver ce qui, de son point de vue, peut l’être. Donc, il ne sanctionne pas les nouveaux frondeurs ou plutôt les dissidents. Qu’ils aient signé la charte sur l’honneur les engageant à soutenir le vainqueur de la primaire de gauche, qu’ils aient parraîné le leader d’En Marche, qu’ils aient renié leurs promesses d'antan ne gênent pas plus que cela le Jean-Christophe, premier secrétaire du PS.

Mettons nous un instant à sa place. Son candidat (Benoît Hamon) dévisse dans les sondages au grand dam de ceux qui chaque jour mouillent le maillot, collent des affiches, distribuent des tracts sur les marchés, payant sans doute à la fois une stratégie hésitante et la revanche des Vallsistes. Il se doit donc éviter d’insulter l’avenir et de ne pas trop taper sur Emmanuel Macron devenu un adversaire-futur-candidat du PS lors d’un second tour éventuel opposant EM à Marine Le Pen. Il doit aussi éviter de subir une Bérézina lors des élections législatives de juin qui risquent, pour le PS, d’être bien pires que celles de 1993 de sinistre mémoire. Donc Cambadélis — c’est ce qu’il réussit le mieux — doit ménager la chèvre et le chou. Tantôt il sermonne, tantôt il promet de sanctionner, le tout demeurant, comme disent les politiques, des paroles verbales. Le sabre de Cambadélis est un sabre de bois. Il ne fait plus peur à personne.

Prenons un exemple local. François Loncle, le député de Louviers, parrain d’Emmanel Macron lors du recueil des 500 signatures, explique aux journaux locaux qu’il ne souhaite pas démissionner du Parti socialiste, qu’il n’adhère pas à en Marche, mais qu’il apportera sa personne ou son soutien au futur candidat d’En Marche dans la 4e circonscription ! Certes, lui ou un autre, ne pourra obtenir l’investiture PS et donc le financement du Parti du moins sur le papier. Gageons que la réalité du lendemain du 7 mai conduira Camba et ses acolytes à faire preuve de réalisme comme le PS le fait à chaque fois qu’il exclut l’un de ses membres. La rédemption ne tarde jamais à entériner le choix des électeurs(trices) et les exclus reviennent au bercail en triomphant. Cette façon de faire de la politique lasse les citoyens. Alors que ces derniers exigent plus de transparence et plus de probité, on les voit mal récompenser les artisans du mélange des genres et des adeptes de la confusion. Du moins sur le papier…

5 avril 2017

Assez des pleurnicheries et des jérémiades de François Fillon


Il va nous faire pleurer. Il faut pourtant qu’il cesse de jouer les victimes ; de se faire passer pour le souffre douleur du soi-disant cabinet noir, des magistrats, des médias, de Christian Estrosi…victime de quoi au juste ? Ce ne sont tout de même pas les juges ni les policiers qui ont inventé les — éventuels — emplois fictifs de Madame et des enfants ? Ce ne sont pas ses concurrents de gauche qui ont reçu en cadeaux costumes et montres de luxe ? Ce ne sont pas les journalistes de Mediapart qui ont fait un montage photo sur laquelle on voit Fillon l’entremetteur, Poutine et le milliardaire libanais à Moscou. Il y en a plus qu’assez des jérémiades et des pleurnicheries de François Fillon. Quand on se présente à la présidence de la République soit on est clean et basta ! Soit on est moins propre qu’on le disait et alors on assume !

Mais voici la meilleure. Répondant à Jean-Jacques Bourdin (sur BFM) qui lui demandait « s’il mettait de l’argent de côté », François Fillon a répondu tout de go qu’il lui était impossible d’épargner. Bien que, sur les quatre dernières années, François Fillon ait perçu plus de 24 000 euros par mois (tout compris, indemnités parlementaires plus société 2F) il ne parvient pas à joindre les deux bouts. Alors là, c’est le bouquet ! Mais pour qui nous prend-il ? Les députés, élus depuis 1981 comme lui, n’ont cependant aucun souci à se faire côté retraite. Nul besoin pour Fillon de se constituer un patrimoine ou un portefeuille d’actions ou d’assurances vie. Quand il touchera sa retraite de député, il lui tombera entre 5 et 6000 euros par mois ! On a connu pire situation, non ? L’ancien Premier ministre propose quand même de repousser l’âge de la retraite à 65 ans pour les autres et il ajoute : « pensez à vos vieux jours : épargnez autant que vous pourrez pour améliorer votre quotidien ». Mais lui ne peut pas mettre pas d’argent de côté. Il est même contraint d’en emprunter à sa fille pour payer ses impôts ou de demander un prêt à M. Ladreit de la Charrière pour financer des travaux domestiques. Mais que fait-il de son argent (et de celui de sa femme) ? Le sport auto serait-il un puits sans fond ?

On aura tout vu et tout entendu de la part de ce Fillon-là. Il n’est pas encore admissible aux restos du cœur. Peut-être le Secours catholique (ou Sens commun ?) pourra-t-il lui venir en aide en cas de coup dur ? Si jamais il était condamné à rembourser des revenus indus par exemple ?

(article à paraître dans La Dépêche de ce jeudi)

2 avril 2017

Législatives : Richard Jacquet devra-t-il affronter François Loncle ?


Sur le marché de Louviers ce samedi.
Tenir jusqu’au 23 avril. Ne rien lâcher. S’appuyer sur des convictions sincères. Faire campagne contre vents et marées. Contre les traîtrises et les aléas d’une campagne chaotique, notamment au sein du Parti socialiste et face à un député sortant qui laisse entendre la possibilité de se représenter. Dans un entretien publié par TV5, François Loncle évoque, sans conditionnel (est-ce dû à une interprétation du journaliste ?) sa candidature aux législatives dans la 4e circonscription de l’Eure où il est élu depuis 1981 avec une interruption de 1993 à 1997. Richard Jacquet, candidat PS et soutien de Benoît Hamon, va donc devoir conjuguer force intérieure et hauteur de vue pour ne pas céder à la tentation de livrer un combat singulier que tout justifierait pourtant quand on a, comme il l’a fait, soutenu le sortant et ses campagnes pendant tant d’années.

Peut-être, ce serait heureux, s’agit-il d’un poisson d’avril daté du 31 mars ? Rien n’interdit d’être en avance sur le calendrier. Mais quand François Loncle évoque la constitution d’un groupe composé de progressistes avec Manuel Valls aux commandes, on ne peut que s’interroger. Quand il déclare inscrire sa démarche sous le sigle de la majorité présidentielle, nos yeux s’écarquillent. S’agit-il de la majorité ancienne ou de la majorité future ? Et avec qui ? Si Fillon est élu (gardons-en nous) l’étiquette ne colle plus. Majorité présidentielle, voilà un slogan bien pratique sous tous rapports…gageons qu'une mise au point publique s'imposera dans les meilleurs délais.

Revenons à Richard Jacquet. Le maire de Pont-de-l’Arche peut compter sur des soutiens vaillants.  Pour preuve, la présence samedi sur le marché de Louviers, d’une cohorte de « camarades » — un substantif approprié — venus l’entourer et distribuer avec lui. Certes, Richard Jacquet n’a pas la notoriété du sortant mais il a pour lui le rajeunissement, le renouvellement, un travail de terrain reconnu et offre une vraie solution pour le futur. Car si Emmanuel Macron a raison sur un point, c’est bien sur cette nécessité de changement dans le personnel politique. Cette élection doit donc être l’occasion de tourner la page, parfois glorieuse, parfois moins, d’un livre ouvert en 1981.

Ce qu’il faut retenir de la campagne présidentielle c’est que, cette fois, le vainqueur de l’élection suprême ne pourra pas tout. Il devra notamment s’appuyer sur une majorité parlementaire dont les contours sont aujourd’hui bien flous et bien incertains. La 4e circonscription, classée à gauche, peut donc se doter d’un député de terrain, dont la personnalité affiche des qualités recherchées : clarté, simplicité, convivialité, fidélité…Jacquet.

29 mars 2017

L'invisible cabinet noir du clan Fillon


Gérard Larcher, président du Sénat et supporteur de François Fillon, interrogé ce mardi sur France Info, est comme Saint Thomas. Il ne croit que ce qu’il touche ou ce qu’il voit. Et d’un cabinet noir à l’Elysée, il n’a jamais vu la couleur ? Il ne peut attester l’existence de cette officine puisqu’il n’y a aucune preuve formelle permettant d’accuser le pouvoir en place d’une quelconque manœuvre destinée à déstabiliser ses adversaires. Quand un élu du premier cercle — ce qu’est Gérard Larcher — refuse de reprendre la chansonnette c’est qu’il y a de l’eau dans le gaz. Et plus que des doutes sur les accusations sans preuves du clan Fillon.

Un journaliste de BFM TV n’a d’ailleurs eu aucune peine à retrouver la fameuse citation de Charles Pasqua sur les affaires. Quand vous êtes mis en cause dans une affaire, créez en une autre puis encore une autre dans cette dernière au point que personne n’y comprend plus rien. François Fillon est passé maître dans l’art de l’enfumage. Il applique donc à la lettre la doctrine Pasqua embarquant dans sa galère six « ténors » de la droite plus ou moins obligés de remonter le courant avec lui. J’avoue que la présence de Nathalie Kociusko-Morizet parmi les signataires de la demande de saisine du parquet m’étonne. On l’a connue plus circonspecte et mieux avisée.

Alors ce cabinet noir ? Pour les auteurs du livre brandi comme le petit livre rouge par les Fillonnistes, à aucun moment ils n’en ont révélé l’existence. Ce qu’ils affirment ? Que sous Hollande comme sous Sarkozy et comme sous n’importe quel président de la 5e République, le président est informé des déboires ou des turpitudes des responsables politiques ou autres. Ils précisent : « C’est bien le moins qu’on puisse attendre d’un chef d’Etat. Il est normal qu’il sache ce qui se passe en France. »

Oui mais voilà. François Fillon « s’embrouille, patauge, s’égare dans un tissu d’inepties ». Il risque même la noyade. Placé troisième, au premier tour, dans des sondages à prendre avec des pincettes, il est vrai, le candidat qui ne pouvait pas perdre la présidentielle se trouve aujourd’hui dans l’impossibilité de la gagner. Cette histoire de Cabinet noir va donc se dégonfler rapidement…plus rapidement sans doute que les affaires judiciaires, bien réelles celles-là, qui le conduisent là où il va.  

(Texte à paraître dans La Dépêche de ce jeudi)