10 décembre 2016

Donald Trump est un menteur et Goldman Sachs une banque de coquins


Donald Trump est un voyou. Et un menteur. Pendant toute sa campagne électorale, il s’en est pris à Wall Street et au monde des banques auquel il a identifié négativement Hillary Clinton pour ses conférences à huis clos devant les financiers américains. Lui élu, les traders n’auraient qu’à bien se tenir car il ne commettrait pas les mêmes « erreurs » que ses prédécesseurs et surtout, ne s’entourerait pas des cliques si néfastes pour les américains de la classe moyenne et des classes modestes. Avec ce discours-là, Trump a convaincu les électeurs du Wisconsin, de la Pennsylvanie, du Michigan…

Et voilà que Trump nomme sans sourciller à des ministères clés (trésor, commerce, finances) le numéro 2 de Goldman Sachs et deux anciens banquiers élevés au sein de la pieuvre puisque c’est ainsi que la première banque mondiale est surnommée. Trump a donc trompé son monde dans les grandes largeurs. Il suffit de revoir le splendide documentaire réalisé en 2012 (et diffusé sur Arte) sur les agissements des membres de Goldman Sachs dont l’un des objectifs principaux est, non seulement de gagner de l’argent quel que soit le moyen utilisé, mais de placer ses pions dans tous les centres de décision : FMI, Banque mondiale, BCE, états soi-disant souverains…

Le leitmotiv du documentaire est que Goldman Sachs est toujours gagnant. Quand la banque spécule contre ses propres clients, elle gagne. Quand elle aide la Grèce à rentrer dans l’Union européenne en truquant les comptes publics, elle gagne. Quand le « Fabulous fab » (pour Fabrice Tourre) invente des produits dérivés tels que les subprimes, des millions de petits propriétaires et d’actionnaires perdent toutes leurs économies mais Goldman Sachs a joué contre eux et gagné. Quand Paulson, ancien de Goldman Sachs et ministre de Bush laisse Lehman Brothers faire faillite, Goldman Sachs gagne encore. Et les pions ! Monti en Italie, Draghi à la BCE, Barroso, à la Commission européenne, et maintenant trois ministres de Trump au gouvernement des USA, décidément Goldman Sachs est partout.

Dans le documentaire, les témoignages sont formels : Goldman Sachs n’a aucune morale, aucune éthique, la lutte pour le profit maximum autorise tous les coups bas, tous les accords secrets. En fait, Goldman Sachs gouverne le monde. Que Trump s’appuie sur ses hommes et ses femmes n’a rien de surprenant. Sauf peut-être pour les électeurs(trices) qui ont voté pour lui et qui ont cru à ses sornettes.

9 décembre 2016

En condamnant sévèrement Jérôme Cahuzac, les juges ont voulu faire un exemple


Jérôme Cahuzac a du souci à se faire…
Après avoir implanté des cheveux pour faire fortune, Jérôme Cahuzac va devoir s’en arracher quelques-uns. Condamné à trois ans de prison FERME par le tribunal correctionnel de Paris pour blanchiment de fraude fiscale (je passe sur la condamnation de son épouse pour les mêmes faits et elle avec du sursis) l’ancien ministre du budget de François Hollande n’a pas bénéficié de la clémence des juges, loin s’en faut.

Comme il est rarissime que les délits en col blanc soient sanctionnés aussi sévèrement, il faut bien s’interroger sur le pourquoi de cette peine que les Français jugeront, quant à eux, bien méritée. Lorsqu’en décembre 2012 le site Mediapart a rendu public l’enregistrement de la conversation téléphonique de Jérôme Cahuzac avec un correspondant dont on ignorait le nom et au cours de laquelle il évoquait fort maladroitement un compte en Suisse chez UBS, il fallait être un député socialiste de base bien crédule ou un président de la République trop naïf pour ne pas mesurer les conséquences ravageuses de cet échange.

Dès lors la machine infernale était en marche et Jérôme Cahuzac allait inventer un système de défense intenable, fait de mensonges répétés et de formules assassines pour lui-même et sa fonction. Car M. Cahuzac, ministre du budget, avait vocation à lutter contre la fraude fiscale, fraude évidemment dénoncée régulièrement par la gauche, et il allait s’enfermer semaine après semaine, question orale après question orale, dans le mensonge dont Mediapart et les autres médias s’amusaient. Comment, cet homme intelligent, bon député et bon ministre, a-t-il pu imaginer qu’il allait tromper son monde durablement ? A l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, rien ne demeure secret. Rien n’échappe par ailleurs à la sagacité des journalistes d’investigation dont le métier est justement de fouiner et de dénoncer les scandales. Est-ce un bien ou un mal ? Un bien évidemment.

Car j’ai tendance à penser que la démocratie gagne à la transparence et à la dénonciation des crimes et délits de ceux qui nous gouvernent. Alors qu’on reparle ces jours-ci des disparitions tragiques des de Broglie, Boulin, Fontanet…sous la règne de Giscard, et que les mobiles réels des suicides ou des assassinats nous échappent encore, il est sain pour une démocratie qu’une presse libre de l’influence de l’argent et des pouvoirs, indépendante des puissants, informe les citoyens des comportements anormaux des dirigeants et de ceux qui aspirent à gouverner. Les affaires Sarkozy, pour la droite, empoisonnent le climat depuis trop longtemps.

Les juges, hier, ont sanctionné le délit, certes, mais également le comportement des Cahuzac. Ils ont mis en exergue, notamment, l'atteinte au bon fonctionnement de la démocratie et insisté sur le rôle éminent des élus et des gouvernants dans la recherche permanente d'une moralité sans tache. Quand on s’engage en faveur du bien public, on doit être exemplaire. C’est évidemment contraignant mais c’est la condition de la crédibilité des politiques. A vouloir s’exonérer des obligations qu’il imposait à tout un chacun, Jérôme Cahuzac a pris le risque de perdre tous ses mandats, sa respectabilité, son honneur, sa considération. Il est devenu un paria susceptible un jour de rejoindre les Botton, Tapie et compagnie derrière les barreaux. Quelle chute !

8 décembre 2016

A l'Université populaire de Louviers, « la découverte de la généalogie » par Jean-Pierre Raux


Jean-Pierre Raux : photo Paris Normandie
L’Université populaire de Louviers reçoit jeudi 15 décembre à 18 heures, dans la salle Mendès France de l’hôtel de ville, le président du Cercle généalogique de l’Eure, Jean-Pierre RAUX, également président honoraire de l’Union des cercles généalogiques et héraldiques de Normandie et ancien membre du conseil d’administration de la Fédération française de généalogie.
Cette rencontre présentera bien sûr les aspects pratiques d'une recherche généalogique : comment commencer ? Découvrir les sources, consulter les documents, les archives, connaître les méthodes, etc.
Mais Jean-Pierre RAUX affirme que la généalogie ne peut se contenter d'un simple alignement de noms, de lieux et de dates. Elle doit devenir une étude de l'histoire des familles, des groupes sociaux et de leur environnement. Il faut "habiller" l'arbre généalogique et retrouver qui étaient nos ancêtres, ce qu'ils faisaient et, si possible, comment ils ont vécu.
Il présentera le Cercle généalogique de l'Eure et son importante œuvre d’intérêt collectif : le relevé de tous les actes d’état civil antérieurs à la Révolution (actes paroissiaux de baptêmes, sépultures et mariages), ainsi que le relevé des mariages du XIXe siècle dans le département.
Cette base de données de plus de 1.600.000 actes relevés par les bénévoles est consultable par les adhérents sur le site Internet du Cercle www.eure-genealogie.org ou encore au local du Cercle, dans ses antennes locales et lors de manifestations extérieures (congrès, forums, comme la rencontre généalogique normande du 24 septembre dernier à Evreux).
Il évoquera aussi « L’Eure, berceau de célébrités…de Pierre Corneille à Madonna… ». Ce livre édité par le Cercle généalogique de l’Eure présente une cinquantaine de personnalités diverses de la littérature, de la peinture, des sciences, de l’industrie, de la gastronomie, de l’armée, de la médecine, de la musique, de la chanson, de l’Histoire, etc.
Le Cercle généalogique met encore à la disposition de ses adhérents une importante bibliothèque documentaire : revues généalogiques et historiques, livres, guides, relevés d'actes, microfilms, etc. Une documentation consultable lors de deux permanences mensuelles et qui peut être prêtée à domicile.

Conférence de l’Université Populaire de Louviers Jeudi 15 décembre à 18 heures dans la salle Pierre Mendès France, cour de la Mairie.
Entrée libre

Le Jeudi 19 janvier 2017 à 18 heures  M.Didier Deperrois évoquera la vie et l’œuvre de Guillaume le Conquérant





7 décembre 2016

« Nous y arriverons » le slogan victorieux d'Angela Merkel qui gagne à être connue


Angela Merkel et François Hollande à Minsk. (DR)
Réélue  avec 88 % des voix des membres du congrès de la CDU-CSU, hier, à Berlin, Angela Merkel demeure la favorite pour occuper le poste de chancelière de la RFA pour la 4e fois de suite. Il était d’autant plus intéressant de mieux connaître la vie et l’œuvre d’Angela Merkel, hier soir sur la chaine Arte. Ce fut pour beaucoup d'entre nous, j'imagine, la découverte d’une personnalité littéralement extraordinaire. Si la chancelière de la République fédérale d’Allemagne semble si importante dans l’Europe et dans le monde d’aujourd’hui, c’est évidemment dû à une conjugaison de facteurs multiples mais le caractère bien trempé de Mme Merkel ainsi que ses facultés d’écoute et d’anticipation ne sont pas pour rien dans la confiance que lui accorde le peuple allemand.

Le documentaire d’Arte retrace la vie de l’exceptionnelle étudiante en physique, fille de pasteur, dans l’Allemagne de l’Est d’avant la chute du mur. Une Allemagne communiste avec un gouvernement sous l’influence du grand frère soviétique et d’une police secrète intrusive autant que redoutée. Angela Merkel est alors une jeune fille enjouée, déjà très volontaire et dotée de talents évidents : intelligence vive, sens du travail et de l’organisation, charisme discret mais ravageur servi par une volonté de réussite apte à surmonter tous les obstacles. Dans cette Allemagne du bloc de l’est, soumise à Moscou donc, la jeune Angela se montre capable de résister au rouleau compresseur de la pensée unique. Cela ne l’empêche pas de briller dans ses études : doctorat en sciences physiques, lauréate en langue russe qu’elle parle couramment et, également, engagement progressif dans la vie politique, lequel va lui permettre de digérer rapidement la réunification qu’elle saisit à bras le corps.

Elle choisit alors la CDU-CSU d’Helmut Khol, qui de mentor et de protecteur, va devenir celui par qui le scandale arrive (l’affaire des caisses noires) avant qu’Angela décide (un vrai coup de poker) de le sacrifier et de postuler pour les premiers rôles. Ce sera difficile tant les hommes au pouvoir vont s’efforcer de réduire cette jeune ambitieuse aux fonctions subalternes de collaboratrice. Il en faudra plus pour mettre à bas les ambitions de celle qui, fruit de hasards et de sens politique aigu, domine la politique allemande et européenne depuis une décennie.

Les témoignages sont éloquents : souvent positifs, ils sont tout de même réservés lorsqu’il s’agit qualifier les sentiments de celle qu’on appelle «Mutti» dans l’Allemagne d’aujourd’hui. Est-elle calculatrice, fausse naïve, intrigante ? Ou au contraire, sait-elle se faire mutique pour mieux encaisser les coups, moins s’exposer, mieux préparer ses stratégies ? A la Commission de Bruxelles, on connaît l’autorité d’Angela Merkel, on sait aussi qu’elle s’appuie sur un pays industriel fort, aux excédents commerciaux importants, aux déficits réduits et au taux de chômage très inférieur au taux français par exemple.

S’agissant de l’accueil des réfugiés, on ne peut que louer le caractère humaniste de la chancelière et une sincérité évidente face au malheur des dizaines de milliers de malheureux. La France n’est pas arrivée à la cheville de l’Allemagne. Il subsiste pourtant quelques taches sur le blason de Mme Merkel : un retard à allumage important lors de la crise financière de 2008, une lente incompréhension de la situation grecque et plus largement de la spécificité européenne, enfin et surtout, un leadership dans le monde conservateur bien qu’ayant réalisé une coalition avec les sociaux-démocrates du SPD.

Après 10 ans de pouvoir, Mme Merkel fatigue. Si son envie de réussir demeure intacte, elle est tout de même contrainte de s’adapter à un monde globalisé avec Poutine, Trump, Xi Jinping, Erdogan…et des démocraties fortement attaquées par les extrêmes. En tout état de cause, le portrait dressé sur Arte laisse poindre une personnalité solide dont le slogan « nous y arriverons » a été mis en application de manière telle qu’il fait bien des jaloux en Europe…et en France.  

6 décembre 2016

La nomination de Bernard Cazeneuve à Matignon doit réjouir Marc-Antoine Jamet


Marc-Antoine Jamet et Bernard Cazeneuve. (photo JCH)
La nomination de Bernard Cazeneuve au poste de Premier ministre va faire un heureux. La proximité de l’ancien ministre de l’Intérieur avec Marc-Antoine Jamet ne pourra que conforter la place de Val-de-Reuil au plus haut niveau de l’Etat et quand bien même il ne resterait que cinq mois utiles pour aider la ville nouvelle, je ne doute pas un seul instant que l’entregent du maire lui permettra de tirer un profit maximum de cette complicité amicale.

Lors de la remise, place Beauveau, en février dernier, de la Croix d’Officier de la Légion d’honneur à Marc-Antoine Jamet, Bernard Cazeneuve avait évoqué, bien sûr, toutes les qualités humaines, professionnelles, politiques du récipiendaire, mais il avait surtout mis en avant l’efficacité d’un homme polyvalent en intelligence et en efficacité. Car Bernard Cazeneuve, élu local à Cherbourg depuis des années, sait reconnaître parmi ses pairs ceux et celles qui s’investissent au service de l’intérêt général et du service public.

En nommant Bernard Cazeneuve pour succéder à Manuel Valls à Matignon, François Hollande sait pouvoir compter sur quelqu’un de rigoureux, discret, compétent, apte à faire face à une opposition de droite remontée et à l’adversité comme il le démontra lors des attentats qui ont endeuillé la France. Il ne sera pas de trop pour empêcher le Front national de poursuivre sa progression et son influence. Surtout, Bernard Cazeneuve a annoncé son intention d'arrêter la politique active après les élections du printemps. Son désintéressement personnel sera donc total à l'égard des différents futurs candidats aux élections.

5 décembre 2016

Le referendum italien avec des tripes à la sauce Grillo mais l'espoir se lève à Vienne


Cet homme (au centre de la photo) a battu l'extrême droite à Vienne.
L’Italie a voté avec ses tripes. Des tripes à la sauce napolitaine puisque le Non au referendum d’hier a rassemblé les votes de l’extrême droite à l’extrême gauche. Il s’est même trouvé des membres du Parti démocrate de Mateo Renzi pour appeler à voter Non. Pourquoi parlai-je de tripes ? Parce que Beppe Grillo, le leader du mouvement cinq étoiles a osé proclamer au micro et donc publiquement la phrase suivante : « Je vous demande de voter avec vos tripes. Pas avec votre cerveau. » Car le cerveau est faible et plein d’idées toutes faites alors que les tripes, comme chacun sait, conduisent aux intestins et on sait comment cela finit. Quel homme délicat et élégant ce Grillo ! Vivement qu’on le voit à l’œuvre comme Premier ministre italien, surtout s’il est aussi bon et efficace que la maire de Rome ( !).

Voilà ce qu’est le populisme dans sa version la plus vulgaire et la plus méprisante pour le corps électoral. Voter avec ses tripes c'est oublier de réfléchir, dire non à tout, partout, tout le temps. Les populistes éructent, démolissent, salissent, abîment, détruisent. Là où un populiste passe, la démocratie ne repousse plus. Grillo, Le Pen, Wilder, Hofer, tous ensemble et chacun pris séparément tiennent le même discours : contre les élites, contre les gouvernants, hier contre les juifs, aujourd'hui contre les musulmans, contre les peuples eux-mêmes qui, parfois, leur prêtent la main en leur accordant leurs suffrages.

Heureusement, dans tous ces grands bouleversements, il arrive qu’une bonne nouvelle surgisse là où on ne l’attendait plus. A Vienne, par exemple, où un monsieur (écologiste soutenu par toute la gauche) de 72 ans, bien aidé par un réseau de bénévoles passionnés a battu le Le Pen autrichien à plate couture. 53,5 % contre 46,5%. Six points d’écart quand le premier tour avait placé l’extrême droite à quelques dixièmes de points de la victoire. Le pire n’est donc jamais sûr. Il faut, pour cela, de la conviction, de l’information et de la mobilisation. M. Alexander Van der Bellen, dans un contexte on ne peut plus difficile, a dominé de la tête et des épaules. Un grand inspirateur.

4 décembre 2016

Plutôt que leur victoire, Macron et Mélenchon souhaitent avant tout la défaite d'un socialiste


Le règlement de la primaire socialiste de 2011. (photo JCH)
Les primaires, qu’elles soient de droite ou de gauche, ont plusieurs vertus. Elles permettent de clarifier les lignes politiques. A droite, la ligne brutale et libérale de François Fillon a été plébiscitée face à celle d’Alain Juppé qui, même si elle n’avait rien de tendre pour le modèle social français, était jugée plus acceptable par une grande majorité de nos compatriotes. Au premier tour, cette primaire « de la droite et du centre, a permis de régler définitivement son compte à Nicolas Sarkozy dont les provocations et contradictions ont été massivement désapprouvées par les participants à cette primaire. Celle-ci a par ailleurs démontré que des candidatures extérieures auraient été condamnées. Quand l’alternance est au bout du processus, les desperados n’ont pas leur place dans une course de première catégorie.
Le paysage à gauche a considérablement changé avec le renoncement de François Hollande. Cette hypothèque étant levée, la primaire à gauche a dorénavant pour fonction essentielle de désigner le champion qui affrontera François Fillon et Marine Le Pen. J’ignore qui, aujourd’hui, aura le plus de chance de triompher si toutefois la victoire est encore possible. La campagne des primaires à gauche permettra, comme à droite, de juger les hommes et les femmes en compétition et leurs programmes ainsi que leur bilan puisque plusieurs candidats ont été ministres des gouvernements Ayrault et Valls. Et Mélenchon et Macron ? Ils ont fait le choix de partir en solo.

Jean-Luc Mélenchon, soutenu du bout des lèvres par les militants du PCF (1) et l’appareil communiste, n’a jamais caché qu’il était hostile à la primaire dite « socialiste » mais ouverte aux écologistes et aux radicaux de gauche s’ils le souhaitent. La France insoumise ne se soumet pas. Il fera donc cavalier seul et obtiendra, sans conteste, un succès d’estime. Avec Nathalie Artaud et Philippe Poutou, il se partagera le vote d’extrême gauche et de certains déçus du Hollandisme même si les sondages actuels (mais on sait ce que valent les sondages aujourd’hui depuis le Brexit, Trump et la primaire de droite !) lui donnent une avance sur les autres concurrents (sauf Macron). Une seule question se pose : Mélenchon a-t-il une chance de gagner la présidentielle ? Autrement dit a-t-il une chance de passer le premier tour et de se retrouver face à Fillon ou Le Pen au second ? Franchement — je peux me tromper — qui croit que Jean-Luc Mélenchon peut obtenir autre chose que la défaite d’un socialiste puisque c’est ce qu’il veut avant tout. Pour gagner la présidentielle, il faut réunir au second tour 50 % et quelques voix de plus que son adversaire du moment. Ce résultat potentiel exige un élan, une dynamique, une mobilisation en un grand mouvement des classes moyennes et populaires. Sans nier ses qualités de tribun, de meneur d’hommes et sans oublier qu’il n’est pas né de la dernière pluie, Jean-Luc Mélenchon possède-t-il les capacités de rassemblement indispensables à une victoire. Je suis au regret de constater que Mélenchon, par son agressivité, son ego surdimensionné, sa volonté de cliver en permanence, s’il est apte à réunir des foules en liesse, ne ratissera pas assez largement pour séduire les modérés de gauche sensibles à une recherche de compromis bien utile pour gouverner. L’idée de la constituante chargée d’écrire la constitution d’une future 6e République est-elle réaliste quand le tripartisme s’impose dans la France de 2017 ? On ne modifie pas une constitution avec 35 % des suffrages. Sauf situation révolutionnaire…

Emmanuel Macron se situe dans un autre registre. Celui du ni de droite ni de gauche, un créneau longtemps occupé par François Bayrou dont on ignore aujourd’hui quelle sera son attitude dans les semaines qui viennent. Lui aussi juge le programme de Fillon antisocial et dangereux. Affrontera-t-il le suffrage universel une cinquième fois ? S’il n’y va pas, Macron occupera tout son espace. Si je ne crois pas, par nature, aux vertus du jeunisme et du renouveau (cf. Bruno Le Maire et son piteux récent résultat) j’ai le sentiment que Macron fait illusion. La magie en politique demande qu’on explique les tours de passe-passe et qu’on comprenne ce qui se trame dans les coulisses. Pour qui Macron roule-t-il ? A qui s’adresse-t-il ? Si j’osais, je dirais : Macron, combien de divisions ? A part la division du PS, que cherche-t-il ? Avec Macron on est dans le brouillard le plus total. Vous me direz, Mélenchon et Macron jouent l’après mai 2017 et la recomposition inévitable à gauche si le candidat PS ne gagne pas et surtout s’il est éliminé au premier tour. Tout ça pour ça ?

Il reste une évidence : si la gauche ne s’unit pas au premier tour de la présidentielle, elle n’a aucune chance de figurer au second tour et donc d’être élue à la présidence. C’est ce que souhaitent certains à gauche. Il appartient aux électeurs(trices) éclairé(e)s de leur donner tort. Nous sommes en décembre 2016, l’élection décisive aura lieu dans cinq mois et demi. Un peu de patience…



(1) Les cadres du PCF avaient majoritairement voté contre un soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

3 décembre 2016

Marc-Antoine Jamet : « François Hollande a préféré l'humilité à l'humiliation »


MAJ et François Hollande à Louviers. (photo JCH)
« Le Président de la République, en renonçant  à briguer un second mandat à la tête de l’Etat, a pris une décision politique lucide et courageuse, une décision personnelle difficile et douloureuse. Peu auraient été capables, face aux mêmes situations, d’en tirer la même conclusion. Dignité de la fonction, respect des citoyens, responsabilité de l’homme d’Etat, François Hollande, a tout pesé avant de se résoudre à cette solution. Continuer aurait été naturel ou normal. Renoncer exigeait de la force d’âme. Il appartient désormais à chacun, s’il a du cœur et de l’esprit, de la lui reconnaître. Revenons à sa motivation essentielle. François Hollande est un homme juste, honnête et sincère. A la différence de ses deux prédécesseurs, il ne termine pas son mandat sous le coup de multiples mises en examen. Il a donc jugé en conscience que, contrairement à d’autres, il ne méritait pas d’être désavoué par son pays et rejeté par son parti. Oui, il a préféré l’humilité à l’humiliation et il a eu raison.

Pourtant ce geste, si je le comprends, je le regrette. Au-delà des mots, le Président de la République a gouverné notre pays en cohérence avec les valeurs qui l’animaient, les engagements qui le guidaient, les promesses qui le tenaient : la justice sociale et l’égalité des chances, la solidarité, la liberté et la laïcité. Nous les partageons avec lui. La vie politique ne s’est pas arrêtée, par un petit matin glacial, au Bourget. François Hollande a un bilan qui, étrangement, commence à apparaître : sécurité sociale préservée, priorités — l’école, le logement, la santé — financées, société modernisée et nouveaux droits créés, sécurité renforcée, finances assainies, démocratie préservée, défense de l’environnement renforcée.

Sans doute se souviendra-t-on bientôt, alors que débute la prochaine campagne électorale, que le quinquennat qui s’achève devait être celui de « l’enfer ». C’est ainsi, avec réalisme, qu’un des candidats à la primaire de la Gauche, en 2012, peu de temps avant d’être « empêché » d’y participer, avait qualifié la période qui s’ouvrait. Il s’en était clairement expliqué. Crise de la dette, crise de l’Euro, crise du déficit, crise de l’Europe, rien ne serait facile pour celui, de Gauche ou de Droite, qui serait élu. Sans dynamique de croissance et sans création d’emplois, le pays était en miettes. L’Etat en faillite. C’est ainsi qu’il avait été laissé par la majorité précédente, son président et son « collaborateur ». François Hollande, sans doute, ne l’a-t-il pas dit et rappelé. A cela, qui suffisait, se sont ajoutés la guerre et le terrorisme. On reconnaîtra un jour le temps, la volonté et l’énergie que ces deux combats ont nécessité. Il a fallu faire face à la mort et à la souffrance. Il a fallu lutter contre la barbarie. Au Mali, en Irak, en Syrie, François Hollande a été ce rempart.

Mais notre démocratie n’était plus armée pour faire face à la multiplicité des problèmes intérieurs ou extérieurs qu’elle doit encore affronter. Passage au quinquennat, fin du cumul des mandats, émergence des primaires, décentralisation sans responsabilité et Europe sans âme, ont profondément changé, altéré, banalisé et dénaturé nos institutions. Au fil de réformes éparses et désordonnées, nous sommes arrivés à la fin d’un cycle. Notre pays n’a plus de constance, de cohérence, de cohésion. Il a perdu sa singularité. François Hollande en a payé le prix. Le manque de repères et la dilution de notre identité ont condamné le peuple au désarroi et c’est également une des causes qui a conduit son expérience au charnier.

Ce constat objectif ne peut cependant tenir lieu d’explication unique aux événements que nous vivons. Le sens commun, la foi en l’intérêt général, le dévouement au service public ont déserté. Les erreurs individuelles existent et ne se limitent pas à l’incompatibilité évidente entre la déchéance de nationalité et la France des lumières. La coexistence de deux politiques au sein d’un même Gouvernement s’est révélée - comment aurait-il pu en être autrement - mortifère. La fiscalité a laminé les classes moyennes, les salariés, ceux qui ont des revenus et pas de fortune, bien davantage que les plus favorisés. L’inversion de la courbe du chômage, exigence légitime de Florange, obligation face à une France qui n’en peut plus, est devenue le piège de l’Elysée. Tout n’a pas été fait. Tout n’a pas été essayé.

Pour autant, précisément face à ce drame qui dure depuis 1974, l’irresponsabilité collective, la préférence pour la polémique, la superficialité médiatique de la Gauche sont devenues tragiques. De certains de ses ministres, de ses collaborateurs et de ses camarades, le Président de la République  — c’est une part de son humanité — aura tout supporté : traitrises, ingratitudes, aventures personnelles, ambitions démesurées. Il n’aura été protégé que de deux choses : leur travail et leur loyauté. Une supposée déception, artificiellement proclamée, ne peut être la justification universelle de comportements infantiles et inadmissibles. Une partie de la classe politique, parce qu’elle est perpétuellement moquée, vilipendée et dévalorisée, n’est plus composée que d’ombres, d’apparatchiks ou de caricatures. Il n’y a rien à en attendre de grand ou de sublime. Il reste de la Vème République une démocratie divisée entre national-populisme, régression conservatrice et Gauche éclatée. A cette dernière, il appartient de se rassembler autour de l’idée de progrès et de la notion d’avenir. De se projeter, pas de reculer.

A François Hollande, alors que, souvent à droite et parfois à Gauche, hélas, résonnent des propos qui, au lieu de saluer celui qui va s’en aller, hésitent entre vulgarité et médiocrité, je veux simplement dire ma fidélité et mon amitié construites depuis notre première rencontre, entre fonctionnaires, voici trente ans exactement, mes remerciements pour la bienveillance dont il a continuellement fait preuve pour la commune populaire dont je suis le maire, ma reconnaissance pour l’attention qu’il a toujours manifestée pour la fédération du parti socialiste de l’Eure dont il suivait personnellement l’actualité, mon respect pour le travail qu’il a accompli pour notre pays. Je pense à son authenticité et à sa résistance, à sa fierté et à son élégance. Je pense, sans arrières pensées, à la joie éclatante qui fût la sienne et qui, voici cinq ans, devînt la nôtre, à la peine, dont, dépourvu d’amertume, mais avec une émotion réelle, il a fait preuve jeudi soir, et qui est encore, qui est aussi, aujourd’hui la mienne. »


2 décembre 2016

François Hollande n'aura-t-il été qu'un demi-président ?

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François Hollande à Val-de-Reuil
S’il fallait résumer la personnalité de l’homme Hollande, je retiendrais un acte : la demie grâce partielle accordée à Jacqueline Sauvage suite à la mort de son mari violent. Tout l’homme se trouve dans ce demi acte ! Jacqueline Sauvage ? Pas assez coupable pour 10 ans d’emprisonnement mais pas assez excusable pour être libérée sur le champ. A mon avis, si grâce il y a de la part d'un président, elle ne peut être que totale puisqu’il s’agit du pari de la réinsertion-réhabilitation dans la société des hommes et non d’une peine en rapport avec l’acte commis puisque que des juges l'ont sanctionné conformément au code pénal.

La présidence Hollande ne fut faite que de demi-mesures (1), d’avancées certes, de reculades aussi finalement conformes à la personnalité de celui qui ne faisait pas assez président, le plus souvent, même si parfois il sut se montrer à la hauteur notamment après les attentats terroristes. Il a reconnu hier soir avoir commis une erreur : la déchéance de la nationalité. Cette déchéance, ô combien combattue sur ce blog, était tellement contraire aux valeurs de la gauche, tellement inefficace pour lutter contre le terrorisme, que je ne comprends toujours pas comment François Hollande, fin connaisseur de la politique, a pu se laisser entraîner — lui et les parlementaires qui ont voté cette déchéance — par le duo Sarkozy-Le Pen sur cette pente plus que savonneuse. Ce fut un tournant dans le discrédit du président au sein de son propre camp.

Et l’affaire Cahuzac ? J’ai écrit, dès le 4 décembre 2012, quand Mediapart a sorti les frasques financières du ministre d’alors, que François Hollande devait agir vite et fort puisqu’il avait les preuves de la culpabilité de son ministre sous les yeux. Il a tergiversé, laissé Cahuzac mentir devant les députés. Il lui a même fallu plus de quatre mois pour démissionner son ministre alors que des ravages irrattrapables en terme de morale publique et d’exemplarité réduisaient à néant les belles promesses du candidat Hollande. Depuis, la gauche a perdu beaucoup de sa crédibilité quand elle a voulu mettre en cause Sarkozy, Balkany, et toutes les affaires : libyenne, Bygmalion, Azibert, Bettencourt…« Et vous, et Cahuzac ? »

Par lucidité, François Hollande renonce. Candidat, il allait au devant d’un massacre électoral pour lui-même, ce qui n’est rien, mais aussi et surtout pour la gauche et ceux et celles qui croient encore à la justice sociale, au progrès scientifique, à une démocratie réelle, un système éducatif égalitaire, ce qui aurait été beaucoup plus grave. La primaire qui s’engage à gauche — je rappelle que j’étais favorable à ces primaires (2) dès le départ malgré les moqueries et les sarcasmes — va opposer des visions de l’avenir fondamentalement différentes. Montebourg, Hamon et Valls (voire Taubira demain) symbolisent des lignes d’action politique, sans doute pas irréconciliables comme l’a affirmé imprudemment le premier ministre actuel mais aptes à permettre un choix de société face au projet brutal de François Fillon et aux propositions insensées de Marine Le Pen. Le renoncement de François Hollande est, peut-être, un mal pour un bien.

(1) Lors de la primaire de 2011, Martine Aubry avait déclaré à François Hollande à l'occasion du débat de second tour : « quand c’est flou c’est qu’il y a un loup. » Elle ne croyait pas si bien dire.
(2) Je n'ignore pas que Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Emmanuel Macron refusent d'y participer. Ils s'excluent donc eux-mêmes d'un éventuel rassemblement anti-libéral.

1 décembre 2016

Le « coup d'état social » de Fillon mis au jour avec la réforme annoncée de notre système de soins


Laurent Mauduit, sur le site d’informations Médiapart, a consacré une longue enquête suite aux déclarations de François Fillon sur les modifications qu’il proposerait — s’il était élu président de la République — aux règles actuelles de la sécurité sociale. Cette sécurité sociale dit bien son nom : la « sécurité » permettant de se soigner et donc de prévenir ou de vaincre les maladies, celle qui assure une retraite à tous les salariés de France et de Navarre, « sociale » dans la mesure où les revenus ne conditionnent pas l’accès aux soins, qu’il s’agisse de maladies graves ou chroniques ou de traitements plus légers.

Sous l’influence déjà ancienne des groupes d’assurances et de certaines mutuelles, des politiques proposent de modifier sensiblement les règles actuelles issues des préconisations du Conseil national de la Résistance. Alexandre de Castries, proche conseiller de François Fillon, l’un des principaux dirigeants d’un groupe d’assurance français, a convaincu l’ancien Premier ministre d’inscrire dans son programme une révolution que Jean-Luc Mélenchon nomme « un coup d’état social. »

François Fillon propose de maintenir une sécurité sociale totale pour les longues maladies ou les maladies chroniques et d’inciter les Français à s’assurer une couverture nouvelle pour les soins et traitements considérés comme plus légers auprès des assurances privées ou de certaines mutuelles. Laurent Mauduit résume cette proposition en une formule bien connue : les pertes pour la sécurité sociale collective, les profits pour le privé ! Il s’agirait donc bien d’une vraie révolution de notre système de santé, une révolution également préconisée par le MEDEF d’autant que les besoins en prothèses : lunettes, prothèses auditives, dentisterie…seraient à la charge des patients, celles-ci étant considérées comme des outils de confort dépendant de choix individuels.

François Fillon a bien senti le danger de sa proposition maximaliste. Il vient de mettre de l’eau dans son vin (un peu) en corrigeant son tir d’origine et en soulignant que les plus modestes de nos concitoyens et les retraités (lesquels ?) ne seraient pas visés par les mesures nouvelles. L'article de Laurent Maudit démontre que le programme présidentiel de Fillon mérite d’être étudié à la loupe pour en décler les pièges et les chausse-trappes. Finalement, on doit rendre grâce aux élections primaires de droite ou de gauche. Elles permettent d’anticiper le vote décisif des prochaines présidentielles et de mieux savoir à quelle sauce les candidats voudront nous manger.