31 décembre 2010

« Stéphane Hessel ou le charme rompu » par Reynald Harlaut

« Le personnage a quelque chose de fascinant. Son parcours de vie exemplaire d’abord, qui le mena très jeune homme à s’engager dans la résistance et à subir la déportation au cours de laquelle il échappera de peu à la mort à plusieurs reprises. Puis au sortir de la guerre, à être aux côtés de Jean Monnet, au moment de la rédaction de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, en 1948, et à défendre les acquis du Conseil national de la Résistance. Et encore sa brillante carrière de diplomate et sa prise de position courageuse sur le conflit israélo-palestinien. Tout cela suffit évidemment à en faire un homme hors du commun. Son grand âge aujourd’hui enfin, qui lui conférait le rôle du sage parmi les sages. À 93 ans, Stéphane Hessel a conservé une merveilleuse jeunesse d’esprit, une lucidité et une capacité à s’indigner que nous lui envions.

Le succès de son petit ouvrage « Indignez-vous ! », dont se sont vendus à ce jour plus de 500.000 exemplaires, pour surprenant qu’il puisse paraître, montre à quel point les Français ont aujourd’hui besoin de référents solides, dans ce monde qui a perdu presque tous ses points de repères, où rien ne vaut plus rien, où l’on confond droite et gauche, où les chantres du libéralisme font l’éloge de la précarité. De consciences qui puissent les éclairer sur la permanence des valeurs qui fondent la démocratie et la citoyenneté et sont le ciment du pacte social et républicain.

Sur ce blog, nous avons dit encore il y a peu, notre admiration et notre respect pour cet homme. Mais voilà, le 29 décembre, en répondant aux questions des journalistes de Rue 89, Stéphane Hessel a rompu le charme.

Stéphane Hessel prend ouvertement parti pour une candidature de Martine Aubry à la prochaine présidentielle qu’il préfèrerait à Dominique Strauss-kahn, dont il dit cependant le plus grand bien. Stéphane Hessel défend la social-démocratie co-responsable avec la droite de la situation dans laquelle se trouvent les peuples des pays formant l’Union européenne. Stéphane Hessel défend sans réserve le gouvernement de Lionel Jospin en oubliant au passage que c’est ce gouvernement qui a traduit dans les lois nationales les directives européennes permettant aujourd’hui la privatisation du marché de l’énergie (gaz, électricité) la mise en concurrence, donc la privatisation progressive de La Poste et demain celle des transports ferroviaires, donc de la SNCF, toutes mesures d’essence libérale dont nous souffrons déjà chaque jour des conséquences.

Stéphane Hessel défend tout cela contre le projet d’un État plus fort, d’une planification écologique, d’un pôle bancaire public pour soutenir l’économie réelle et donc l’emploi, de services publics sans concession, idées d’un Jean-Luc Mélenchon qu’il range à l’extrême-gauche et écarte d’une phrase en le trouvant très sympathique.

Stéphane Hessel est sorti de son rôle de sage et de l’impartialité qu’il lui assurait. Il est descendu du podium sur lequel nous le placions pour être un simple partisan, parmi tant d’autres. Et en cela, il nous déçoit terriblement. D’homme de gauche qu’il était, indiscutablement, il est devenu en un jour un homme du Parti socialiste, ce qui est terriblement réducteur. Et décrédibilise la belle démarche qui était la sienne par les contradictions que ses derniers propos véhiculent. »

Reynald Harlaut
Parti de Gauche

30 décembre 2010

Président Bongo ou Président Bingo !

Je me demande si je vais trouver le sommeil ce soir. Voilà que le journal espagnol El Païs nous apprend que le président Omar Bongo, décédé, numéro un gabonais pendant quelques décennies, a su tirer un profit personnel de prêts de la BEAC à son pays. Il n'aurait pas été le seul à se faire un peu d'argent de poche. Si près de 30 millions d'euros ont peut-être été détournés de la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC) à son profit par le défunt président gabonais Omar Bongo, d'autres en auraient aussi profité dont des partis politiques français.

Cette information a été donnée quatre jours après la mort d'Omar Bongo, en juin 2009, par un haut fonctionnaire de la BEAC à un diplomate de l'ambassade américaine au Cameroun, précise le journal espagnol. Selon la même source, « les dirigeants gabonais ont utilisé les fonds détournés pour leur enrichissement personnel et, suivant les instructions de Bongo, ont remis une partie de l'argent à des partis politiques français, y compris en soutien au président Nicolas Sarkozy». L'argent aurait profité « aux deux camps, mais surtout à droite, en particulier à l'ancien président français Jacques Chirac; mais aussi Sarkozy». « Bongo était le président africain préféré de la France », a ajouté cette source.

Le site du Monde indique aujourd'hui pourquoi le grand quotidien du soir a choisi de ne pas publier ce télégramme de l'ambassadrice américaine : « Elle n'avait pas elle-même l'assurance de la véracité de ces informations. » On comprend bien ces scrupules de diplomate. Mais le Monde assure qu'il a lancé ses limiers sur l'affaire qui, si elle était avérée, confirmerait les liens solides unissant notre pays et l'Afrique francophone. Des liens très intéressés au demeurant.

J'ose à peine croire que le parti socialiste a bénéficié des largesses du président Bingo. Encore que…j'ai le souvenir personnel d'un vif débat opposant les membres du CAG (Comité d'Action de Gauche auquel j'appartenais) à un hiérarque socialiste local dans les années soixante-dix. Fallait-il ou non accepter un chèque de la Compagnie générale des eaux pour financer une campagne municipale lovérienne ? De mon point de vue et de celui de mes camarades du CAG, il ne fallait pas. Ce hiérarque était d'un avis contraire. Comme quoi…

Le scandale de l’écrêtement, de nouveaux témoignages

« Cette année 2010 a été marquée dans notre ville par le scandale de l’écrêtement des indemnités du maire. Pour se faire une véritable opinion sur cette affaire, six mois d’enquête ont été nécessaires pour recueillir le plus grand nombre de témoignages. Beaucoup ont bien voulu répondre à notre question : « Pour vous est-il normal que le maire de cette ville puisse reverser la partie écrêtée de ses indemnités à sa compagne adjointe afin que cette somme reste dans son foyer ? Et que le conseil municipal soit complice de ce scandale ? ». Voici quelques témoignages recueillis au hasard :

Forest Gump : « Cours Franky cours !!! »

Albert Einstein : « Le fait que ce soit l’écrêté qui reverse ses indemnités à sa compagne ou que ce soit elle qui reçoive les indemnités de son compagnon dépend uniquement de votre référentiel ».

Sigmund Freud : « Le fait que vous vous préoccupiez du fait que l’écrêté ait reversé ses indemnités en faveur de sa compagne révèle votre fort sentiment d'insécurité sexuelle latente ».

Benoît XVI : « Nous nous sentons profondément honteux et ferons tout le possible pour que cela ne se produise plus à l’avenir ».

Martin Luther King : « J'ai la vision d'un monde où tous les conseillers municipaux seraient libres de dire à leur maire qu’il faut répartir la partie écrêtée des indemnités entre tous ».

Neil Armstrong : « Un petit pas pour l'écrêté, un grand pas pour l'immoralité ».

Richard Nixon : « Le maire de votre ville n'a pas écrêté ses indemnités en faveur de sa compagne. Je répète, le maire de votre ville n'a jamais écrêté ses indemnités en faveur de sa compagne ».

Bill Clinton : « Je jure sur la constitution qu'il ne s'est rien passé entre l’écrêté et moi ».

Jean-Luc Delarue : « Bonsoir à tous merci, merci à tous nos invités, merci, bonsoir. Vous témoignez sous couvert d’anonymat, vous êtes aujourd’hui blonde pour ne pas être reconnue. Pour l’occasion, nous allons vous appeler Gigi, vous avez 52 ans, vous êtes adjointe au maire de cette ville et vous avez accepté que votre compagnon vous reverse la partie écrêtée de ses indemnités. Est-ce que vous avez peur du regard des autres ? »

Richard Virenque : « C'était pas Olivier Aubert ? On m’aurait menti ? »

Eric Cantona : « L’écrêté, il est libre l’écrêté. Ses indemnités, quand il veut il les reprend. D’ailleurs, à la Spaggiari il les a reprises. Mieux qu’une banque. Sans arme, ni haine, ni violence. Je vais le peindre, moi cet écrêté. C'est un artiste cet écrêté ».

Nelson Montfort : « J'ai à côté de moi l'extraordinaire maire de cette ville qui a réussi le formidable exploit de reverser la partie écrêtée de ses indemnités à sa superbe compagne: " Why did you donate your money to your wife? ". " Fuck my constituents !". "Eh bien il dit qu'il est extrêmement fier d'avoir réussi ce challenge, ce défi, cet exploit. C'était une épreuve très dure, mais il s'est accroché, et... " »

François Fillon : « C’est la faute à Météo France. »

Brice Hortefeux : « Un maire qui redonne la partie écrêtée de ses indemnités à sa compagne, il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes. »


Jacques Seguela : « Si à 50 ans un maire n’a pas pu reverser l’excédent de ses indemnités à sa compagne, c’est qu’il a raté sa vie ».

Jacky Bidault : « Je ne vois pas de quoi vous parlez, je n’ai rien vu de tel sur les deux caméras de la mare de Vironvay ».

Alain Lefeez qui vous souhaite une bonne année sous le signe de l'humour et de l'enthousiasme


29 décembre 2010

Ils ou elles nous agacent

Ségolène Royal, Brice Hortefeux, Marine Le Pen, Carla Bruni, Alain Delon, Franck Ribéry, Raymond Domenech et le couple Hallyday comptent parmi les personnalités qui agacent le plus les Français, selon un sondage Harris pour VSD paru jeudi. Au jeu de l'agacement, n'importe qui peut concourir, comme personne agacée ou personne agaçante.

Personnellement, je pense que les Français sont bien avisés en désignant comme très agaçantes les personnalités classées en tête d'un palmarès original. Ségolène Royal et Brice Hortefeux sont avec Marine Le Pen, chez les politiques, ceux et celles qui énervent le plus les Français. Ségolène Royal est, parait-il, autoritaire et cassante, Hortefeux, simpliste et premier degré, Marine Le Pen, la fille de son père, nostalgique des guerres coloniales et d'un style fascisant. Carla Bruni et son sourire mannequin nous endorment, Delon nous accable de son assurance et Ribéry encore plus avec son caractère mal dégrossi et pour tout dire ses attitudes grotesques. Presque autant que celles de Raymond Domenech que j'aurais sûrement placé en tête du palmarès.

Mais nul besoin d'aller à Paris ou sur la côte d'azur pour trouver des personnalités agaçantes. Je parie qu'autour de vous, près de chez vous, vous en connaissez : celles et ceux qui vous irritent, vous importunent, vous horripilent…vous insupportent en un mot, pour telle ou telle (bonne ?) raison. Je sais ce que vous vous dites, il va donner des noms, viser celui-ci ou celle-là. Non pas. je compte sur vos commentaires pour m'éclairer.

28 décembre 2010

Ne cédons pas un pouce du terrain démocratique

Il me faut revenir sur l'idéologie véhiculée par le député Franck Gilard. Voilà un sarkozyste avoué. Avec lui, pas de langue de bois, pas de fioritures, pas de métaphores. On est dans le dur de la pensée ultralibérale. Une pensée formatée, violente, aux solutions simplistes, populistes, une véritable pensée de guerre civile.

Dans cette forme de pensée, les clichés abondent. Les fonctionnaires ? Tous des fainéants payés à rien foutre. Les cotisations sociales ? Des charges toujours trop lourdes pour les pauvres patrons ! Les chômeurs ? Des assistés qu'on devrait mettre au boulot même gratuitement comme certains conservateurs britanniques l'ont proposé !

Je passe sur les opinions concernant l'évolution des mœurs. Le PACS ? Encore un truc pour favoriser les homos (M. Gilard, maire des Andelys, a signé une pétition nationale contre cette réforme aujourd'hui plébiscitée par les Français). La peine de Mort ? il faut guillotiner les terroristes ! Avec ses amis Ciotti et Lucca, Gilard est un militant acharné du durcissement des peines, un absolutiste de la critique en règle des juges…

Il y a une feuille de papier à cigarette entre ce que proposent ces députés de la droite populaire et le Front national. Je parie que si la droite perd en 2012, ce que je souhaite ardemment, ils seront nombreux les sortis-sortants de droite à réclamer un accord politique avec le FN. Ils sont d'accord sur tant de sujets : pour réduire les acquis sociaux, supprimer les services publics, privatiser à outrance la sécurité sociale, libéraliser les secteurs-clés de l'économie, abandonner à leur sort les plus faibles et les plus pauvres.

Ces députés, encore minoritaires, sont dangereux. Il ne faut pas avoir peur de les affronter argument contre argument, idée contre idée. Il ne faut pas leur céder un pouce du terrain démocratique. Profitons des cantonales pour leur administrer une bonne leçon. C'est essentiel pour préparer l'alternance de 2012.

27 décembre 2010

Franck Gilard, député UMP des Andelys : plus réac que lui tu meurs !

Photo du site de M. Gilard.

Franck Gilard, député UMP des Andelys, est membre d'un sous-groupe de l'UMP appelé droite populaire. Dans ce sous-groupe d'une quarantaine de députés, on trouve Eric Ciotti, Lionel Lucca, les ultrasécuritaires, et le célèbre M. Vanneste, député du nord, homophobe, favorable à la destruction de la digue séparant la droite du Front national. Ces députés de la droite populaire sont très à droite avant d'être populaires. S'ils sont membres de l'UMP, c'est parce qu'ils auraient honte de côtoyer Jean-Marie Le Pen, toujours infréquentable car il sent trop le souffre de Vichy et de l'Algérie française.

Il n'est pas inutile, cependant, de lire ce que pensent et ce que disent des députés comme Franck Gilard. J'ai sous les yeux le compte rendu d'une réunion des « contribuables associés » que présidait M. Gilard. Ces contribuables associés « contre l'oppression fiscale et la pression des contribuables » sont évidemment des ultralibéraux « pour la liberté individuelle » et contre l'intervention de l'Etat, régulateur d'une économie moins sauvage, moins brutale, moins individualiste.

Franck Gilard outre « qu'il dénonce la culture française de la dépense publique » est l'auteur d'une proposition de loi sur l'incompatibilité entre l'appartenance à la fonction publique et un mandat parlementaire. Le 19 octobre dernier, il déclarait (après avoir précisé qu'il avait beaucoup d'amis fonctionnaires) : « Etre né, bercé, cajolé et nourri par la dépense publique ne développe pas le sens de la responsabilité individuelle dans une société plus libérale telle que nous la souhaitons. » Plus loin, il ajoute : « je suis d'une famille de médecins, de chirurgiens, père, fils, frère. J'ai un jeune fils externe des hôpitaux, payé 200 euros par mois, l'interne est payé 1300 euros et il est entouré d'infirmières beaucoup mieux payé que lui et qui, finalement, ne sont pas des saintes ni des héroïnes et elles travaillent 35 heures…l'état nous a refilé le mistigri grâce à la grande liberté de création et d'expérimentation voulue par M. Raffarin, c'est une connerie monumentale, je le dis tel que je le pense…les intercommunalités n'ont pas joué le jeu. Elles ont repris des compétences et elles ont créé des postes pour pouvoir assumer ces compétences. »

Plus loin encore, M. Gilard attaque bille en tête les postes de cabinets qu'il appelle les postes politiques. Il cite le cas de l'Eure : « je suis dans un conseil général — mais depuis mon double mandat j'ai abandonné mon poste de conseiller général — d'un département de 545 000 habitants, un département moyen. Le président du conseil général de mon département a créé 48 postes de cabinet et j'ai regardé qui était membre du cabinet. Tous les représentants des partis membres de la majorité départementale. On a légalement la possibilité de créer des postes fictifs, c'est un financement déguisé de la politique. Ce n'est pas de la bricole, c'est un million d'euros par an pour un département comme le mien…»(1)

On le voit, M. Gilard conduit une guerre larvée contre les fonctionnaires et contre les élus bénéficiaires de la décentralisation (90 % des élus de gauche et de droite sont favorables à cette décentralisation). Il est vrai que les électeurs, s'ils hésitent à confier la présidence de la République à un homme ou une femme de gauche, sont satisfaits de la gestion des socialistes-communistes-Verts au sein des collectivités territoriales. C'est bien pour cela que Sarkozy a inventé sa réforme-miracle censée affaiblir le pouvoir et les compétences des majorités de gauche. Et Franck Gilard de clamer : « le secteur public vit en état d'apesanteur, il n'a aucune conscience des contraintes qui s'exercent sur le secteur privé. » Et d'argumenter ainsi : « Etienne a parlé. Il est tout propre, il n'a jamais été fonctionnaire, ni son père, ni son grand-père, ni sa grand-mère donc c'est un gars parfait. »

Ce qui est proprement extravagant, c'est l'attaque de Franck Gilard contre les membres des cabinets alors qu'il en est un spécimen tout à fait exemplaire. Au-delà de ses mandats locaux (voir ci-dessous) M. Gilard vit de la politique depuis toujours. N'a-t-il pas été proche de René Tomasini, secrétaire général du RPR, assistant parlementaire d'Alain Pluchet, sénateur UMP ? Les postes qu'il a occupés l'ont été grâce à ses accointances dans le réseau UMP. Et il voudrait en remontrer aux élus de gauche ? Il est tout de même effarant qu'un pur produit de la nomenclature UMP fustige les élus de Gauche quand un Sébastien Lecornu, collaborateur du député des Andelys, est devenu collaborateur de Bruno Le Maire aux affaires européennes et à l'agriculture !
Franck Gilard est membre du groupe de la droite populaire. Il veut lutter contre la fraude des arrêts de maladie, il a voté contre le PACS, il est pour la peine de mort, contre la possibilité pour les fonctionnaires de se présenter à un mandat parlementaire ! Quel palmarès pour cet élu de la nation dont on peut dire : « plus réac que lui tu meurs ! »

A lire sur le site de M. Gilard : « Ancien assistant parlementaire de René TOMASINI, Député maire des Andelys puis de Alain PLUCHET, Sénateur, Franck GILARD a ensuite exercé la profession de Directeur de l’Association des Elus du Littoral sous la présidence d’Antoine RUFENACHT ! Il est devenu ensuite consultant en « relations institutionnelles ». Aujourd’hui Franck GILARD a quitté ses activités professionnelles pour se consacrer exclusivement à ses mandats de Député et de Président du SYGOM. »

Ses mandats électifs : 14/03/1983-18/06/1995 : adjoint au maire de la Roquette (Eure) 18/03/2001 - 2008 : maire des Andelys (Eure) 3/03/1998 - 09/07/2002 : membre du conseil général de l'Eure. Depuis 2002 député de l'Eure.

(1) J'ai appelé un fonctionnaire (le vilain mot !) du conseil général de l'Eure. Je devrais être en possession, très bientôt, de la situation exacte du cabinet et de ses emplois. Car les 48 membres du cabinet sont un produit de l'imagination de M. Gilard.

26 décembre 2010

« Indignez-vous ! » par Stéphane Hessel


Un ami m'a offert ce cadeau de Noël. Ce petit livre est un enchantement. Se montrer aussi frais d'esprit, aussi convaincu qu'engagé fait très plaisir. J'ai rencontré Stéphane Hessel à Val-de-Reuil à l'invitation de Marc-Antoine Jamet. Je conserve de ce moment privilégié une présence exceptionnelle, un optimisme sans retenue, un signe d'espoir infiniment positif. Je vous conseille donc, en cette période de fête, la lecture d'Indignez-vous. Jeunes et moins jeunes y trouveront une source de bien-être et la certitude que la vie ne prend fin que quand on ne lui donne plus de sens. N'oubliez pas, comme le dit Camus et le rappelle Stéphane Hessel, que « les gouvernements, par définition, n'ont pas de conscience. »

24 décembre 2010

« Notre association n'est pas une machine de guerre électorale »


« L’association Pour l’Amélioration du Cadre de Vie et de l’Environnement n’est pas une machine de guerre électorale. Pour répondre à M Piednoël, mais aussi à M Aubinais comme à tous les élus qui partagent l’idée que notre association se battrait pour autre chose qu’un retour en régie publique de l’eau, je voudrais faire quelques remarques.

Tout d’abord, je suis très surprise d’apprendre de la bouche de M Aubinais que « depuis plusieurs mois, certains élus sont la cible de violentes attaques sur la gestion des services d’eau potable et d’assainissement » (cf : La Dépêche du 24 décembre). De quelles attaques violentes parle M. Aubinais ? Quel élu ou quelle élue ont été attaqués violemment ? Personne, et pour cause, ça serait pour notre association contre productif puisque nous répétons inlassablement que nous voulons convaincre les élus du bienfondé d’un retour en régie publique. On n’attaque pas les personnes qu’on veut convaincre. J’espère simplement que M Aubinais et d’autres ne se sentent pas « attaqués » par le simple fait que nous émettons des avis différents.

Ensuite, je voudrais redire ici que notre seul but c’est de faire comprendre que les entreprises privées doivent être écartées automatiquement de la gestion d’un bien comme l’eau. Il est scandaleux que ce bien indispensable à notre vie soit la source de profits juteux qui échappent à l’intérêt commun, au service public et enrichissent des actionnaires avides de gagner toujours plus.

Nous essayons avec nos moyens (tracts, films, réunions, travail de terrain et des dossiers, formation…) de faire contrepoids face à la communication très efficace des grands groupes industriels comme Véolia. Nous comprenons bien que les élus sont de plus en plus sollicités sur des tas de sujets qui se compliquent et qu’il peut être tentant de déléguer un service, c'est-à-dire de se débarrasser des soucis de sa gestion, de faire confiance « au savoir-faire d’un spécialiste » comme Véolia. On sait que Véolia, comme Suez, comme Bouygues, n’hésitent pas sur les moyens de convaincre les élus, que leur service de communication est redoutable. Face à cela, nous, syndicalistes, associatifs, militants politiques, nous sommes vraiment petits. Notre force, ce sont nos idées, notre volonté d’aboutir et notre travail.

Donc pas d’insulte, pas de mépris, pas de coups bas de notre part. Il est vrai qu’à Louviers la « discussion » prend vite une tournure particulière, puisque le maire ne supporte pas la contradiction, et que toute parole opposante est aussitôt taxée des pires qualificatifs. Le maire évacue tout débat politique par un moyen simple : la théorie du complot. A partir de là, tout un système se décline : manipulations, déformations, mensonges, calomnies…De grâce, M Aubinais et autres élus, ne tombez pas dans le panneau ! Nous espérons vivement pouvoir rencontrer des élus de la CASE pour expliquer qu’un retour en régie publique est souhaitable, possible et garant du principe « l’eau n’est pas une marchandise ! ». Nous avons des arguments que nous voulons confronter à ceux de Véolia. Donc plutôt que se braquer, les élus gagneraient à nous rencontrer pour se faire leur propre opinion sur notre bataille. N'est-ce pas cela l'essence du débat ? »

Sophie Ozanne

Forfaiture, un crime puni par la loi


« Les révélations de Wikileaks, quel que soit par ailleurs le jugement qu’on porte sur la méthode utilisée pour obtenir les informations, ont un grand mérite. Elles permettent d’éclairer le comportement de Nicolas Sarkozy à l’égard des Américains avant qu’il ne soit élu président de la République. On le savait depuis longtemps américanophile. Mais on ignorait jusqu’où se manifestait cette admiration pour les États-Unis.

Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales dans les gouvernements Raffarin I et II, entre 2002 et 2004 lorsqu’éclata, en 2003, la seconde guerre d’Irak décidée par le président américain George W. Bush, soutenu par son allié anglais, le travailliste Anthony Blair. Il fut, dans la continuité, ministre d’État, Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie en 2004 dans le gouvernement Raffarin III.

Selon les rapports qu’en font les diplomates américains, sa position fut, dès 2002, très ambiguë. Hostile à l’invasion de l’Irak, mais dans le même temps, n’approuvant pas non plus l’opposition frontale du président Jacques Chirac et de son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. Il affirmait même que c’était quelque chose que lui « ne ferait jamais ». Il a évoqué, indique un message diplomatique du 1er août 2005, l’utilisation du veto de la France au Conseil de sécurité de l’ONU contre les États-Unis en février 2002, comme étant « une réaction injustifiable et excessive ».

Certes, en 2005, à la date du message, il n’était plus aux affaires. Cependant, de quand datait ce jugement personnel ? Qui étaient, à partir de 2002, les confidents de ses états d’âme ? Peut-on raisonnablement imaginer qu’il s’agissait de personnes très proches du milieu diplomatique américain à Paris, voire même lui appartenant ?

En août 2005, Nicolas Sarkozy se montre particulièrement loquace. C’est ainsi qu’on apprend par d’autres documents qu’il informe alors les Américains qu’il sera candidat à l’élection présidentielle de 2007. Plus d’un an avant qu’il ne l’annonce officiellement aux Français !

En rencontrant en 2006 à Paris Alberto Gonzales, le ministre de la Justice du président George W. Bush, pour lui déclarer que « la France et la communauté internationale allaient devoir aider les États-Unis à résoudre la situation en Irak. Peut être en remplaçant l’armée américaine par une force internationale », alors qu’il était ministre d’État en exercice du gouvernement Villepin, Nicolas Sarkozy se situe dans un autre registre. Ce que confirme un autre document dans lequel, en 2006 encore, il envisage l’envoi de troupes françaises dans le cadre d’une « force internationale ».

En droit, cette initiative personnelle envers un pays étranger, contraire à la ligne politique officielle du gouvernement auquel il appartenait et qui s’apparente à une trahison, porte un nom et a une qualification. Elle se nomme forfaiture et c’est un crime relevant de la Haute cour de Justice de la République.

Le silence de la classe politique dans son ensemble et des médias sur ce point précis est pour le moins surprenant. Que craignent-ils donc en se contentant de mettre sur la place publique ces révélations, de gloser sans fin sur les avantages et les inconvénients de la transparence tout se gardant bien d’en tirer les conséquences qu’elles impliquent ? »

Reynald Harlaut


Pour mémoire, le parcours ministériel de Nicolas Sarkozy :

Ministre de l’Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales (07/05/2002-30/03/2004). Gouvernement Raffarin I et II.
Ministre d’État, Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie (31/03/2004-29/11/2004). Gouvernement Raffarin III.
Ministre d’État, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire (2/06/2005-26/03/2007). Gouvernement Villepin.

23 décembre 2010

Cinéma en 3D : révolution ou arnaque ?


« Ça y est, c’est les vacances de Noël… Et si on en profitait pour aller au cinéma ? Avec toutes les sorties de dessins animés et de films grand public, c’est le moment de se faire une toile en famille. En ce moment, la plupart des grosses sorties au cinéma se font en 3D. Depuis le succès d'Avatar, difficile de passer à côté du phénomène. Aujourd'hui, le mot d'ordre pour les studios est : la 3D.

Et comme c'est dans l'intérêt de toute l'industrie dominante du cinéma, mon petit doigt me dit qu'on va continuer à en bouffer de plus en plus. Pour les studios, c'est une assurance (bien mince) contre le piratage. Pour les distributeurs, c'est la garantie pendant encore une paire d'années d'un buzz positif dans les médias avant que la curiosité ne s'émousse. Pour les salles, c'est une marge supplémentaire non négligeable à chaque ticket. Les salles indépendantes qui avaient déjà du mal à s'équiper en Dolby Surround n’ont plus qu’à suivre ou à disparaître.

Je ne vois pas, pour l'instant en tout cas, la 3D comme un apport révolutionnaire au cinéma, c'est sympa pour une attraction au Futuroscope mais le but du cinéma est de raconter des histoires. Le passage du muet au parlant et le passage au tout numérique (chaîne de production et trucages) ont à mon avis bien plus modifié le cinéma que ne pourra le faire le port de grosses lunettes à 3€ la séance.

Ce n'est pas le seul problème de la 3D. Les tarifs suivent cette course au progrès de façon hallucinante. Déjà qu'une place à 7€90 (à Louviers) c'était bien cher payé et il faut rajouter 1,80€ (à Louviers) pour un film 3D ? Ne nous plaignons pas, à Paris, ce sont 12€ à 13€ la séance auxquelles il faut rajouter 3€ de location de lunettes. Pour ceux qui ont connu les francs, faites la conversion. Cela fait très mal au porte-monnaie quand on veut se faire un plaisir en famille et en plus il semblerait que les tarifs vont encore augmenter, du moins si la France s'aligne sur la tendance qui prévaut aux Etats-Unis.

Il y a évidemment des mobiles économiques dans cette diffusion de la 3D, la vente de projecteurs en est un des principaux. Il faut dénoncer par ailleurs les pressions qui sont exercées sur les propriétaires de salles pour qu’ils adoptent ces technologies. Parce qu’il y a de l’argent à se faire dans la vente des nouveaux projecteurs digitaux. Et puis un cinéma sans projecteur 35mm et sans bobines de film, est-ce toujours un cinéma ? Le métier de projectionniste est donc en passe de disparaître. Il n’y aura plus besoin de technicien spécialisé pour monter les bobines, utiliser et entretenir les projecteurs et faire vivre ce lieu secret, qu’est la cabine de projection. Un endroit magique d’où sort le faisceau lumineux mystérieux que tout enfant à tenter de saisir un jour. Un opérateur lambda qui lance le film sur un PC est bien suffisant.

Pendant ce temps, les constructeurs d'écrans, Sony, Samsung, Philips, LG... fournissent leur nouveau matériel ‘‘qui tue’’ pour avoir la 3e dimension jusque dans son canapé. Et puis pour les grands studios américains, il n’y a pas de petits profits. Pour voir un film en 3D dans son salon, exit le DVD, il faudra investir obligatoirement dans le Blu-Ray. Et où ces studios ont-ils unanimement décidé de fabriquer leur Blu-Ray ? Un peu d’imagination… Dans les pays à faible coup de main d’œuvre bien sûr. Pour l’Amérique du Nord, c’est le Mexique et pour l’Europe c’est la Pologne. Il y a certainement des travailleurs dans leur usine de DVD à Louviers qui ont du souci à se faire.

A chaque fois qu’Hollywood voulait gagner plus de fric, il s’est tourné vers la technologie : le son, la couleur, l’écran large, le cinérama, le son stéréophonique, et maintenant la 3D. Pourtant, il existe depuis des années un procédé révolutionnaire appelé MaxiVision48 qui double la qualité des films en passant de 24 à 48 images par seconde mais on ne le verra jamais car pour Hollywood il y a moins d’argent à gagner qu’avec la 3D.

Je ne suis pas totalement opposé à la 3D, bien entendu. A la Géode ou au Futuroscope, c’est sympa, mais il ne faudrait pas qu’elle devienne le standard d’Hollywood. Et puis reconnaissons, c’est un fait, que dans tous les cinémas qui ont des salles équipées en 3D la qualité et la diversité de la programmation sont en chute libre. Il est de plus en plus difficile d’y voir des films d’auteur. Le jour où un réalisateur comme Martin Scorcese utilisera la 3D, peut-être ferai-je l’effort d’aller en voir un. Mais ce n'est même pas sûr.

Alain Lefeez

Retour en régie publique... pour sous-traiter au privé, une belle occasion ratée (provisoirement ?)

Lors de la réunion publique du comité Eau publique de Rouen et sa région. Gabriel Amard (debout au micro) président de l'agglomération des lacs de l'Essonne, explique comment fonctionne sa régie publique : avec abonnement gratuit !

Communiqué du Collectif Eau Publique de l'agglomération de Rouen : M. Fabius renonce à construire un vrai service public de l'eau pour toute la CREA. Que dirait-on si l'éducation nationale ou la Poste faisaient appel à du personnel fourni par des sociétés privées pour assurer les cours et distribuer le courrier ? Si la SNCF ou les hôpitaux faisaient de même pour conduire les trains et assurer les soins ? C'est malheureusement le choix fait par M. Fabius (soutenu par les élus PS et UMP) qui étend la régie publique...pour aussitôt sous-traiter au privé l'exploitation du réseau des 12 communes intégrées.

Malgré de réelles avancées, une occasion gâchée
Bien sûr, l'abandon des "délégations de service public" actuelles est une bonne chose, tant cette formule, que nous combattons depuis des années, était opaque et coûteuse pour l'usager et la collectivité. Nous allons y voir plus clair et faire des économies. De même, le rachat à la Lyonnaise des terrains sur lesquels sont situés les captages et forages de Maromme (parmi les principaux de l'agglomération) est une bonne nouvelle.
Mais ces décisions auraient dû être l'occasion de poursuivre la construction d'une vraie régie publique sur tout le territoire de la CREA, exploitant le réseau avec son propre personnel, assurant ainsi l'égalité de tous les usagers devant leur fournisseur et garantissant un statut égal à tous les salariés de l'eau. Ce n'est pas le choix qui a été fait, c'est dommage.

Insuffisant pour les usagers, inacceptable pour les salariés
Les usagers du nord-ouest de l'agglomération de Rouen, contrairement aux autres, auront donc à faire avec un prestataire privé. Chacun sait que dans ce cadre, en cas de problème, ce prestataire et le donneur d'ordre (la collectivité) se renverront les responsabilités. La collectivité se prive des synergies, des économies d'échelle et des mutualisations de moyens qu'elle aurait pu mettre en oeuvre avec le secteur exploité en régie directe (Rouen, les plateaux est, la rive gauche, Elbeuf). Quant aux salariés, c'est sur leur dos que se fera la concurrence entre entreprises pour décrocher le contrat de sous-traitance.

Un choix de gestion du personnel qui se cache derrière de mauvais prétextes
M. Fabius explique qu'il n'est pas possible d'intégrer à la régie publique les 22 salariés qui travaillent actuellement pour la Lyonnaise des Eaux, à cause des chantiers en cours (fusion des ex-régies de Rouen et d'Elbeuf, intégration des ex-Véolia). Pourtant, ces chantiers ne dureront pas 6 ans, durée du contrat de sous-traitance proposé. Et le projet de délibération soumis au conseil de la CREA n'affiche pas clairement l'objectif d'un retour en régie directe. En vérité, M. Fabius semble faire le choix d'un mode de gestion des salariés mettant en concurrence ceux de la régie et ceux des prestataires.

Les comptes ne sont pas soldés
Nous allons donc voir demain les sociétés privées, sorties par la porte, revenir par la fenêtre. La Lyonnaise des Eaux prépare déjà son retour, changeant de nom pour faire oublier les turpitudes du passé, changeant de "mode de gouvernance" pour se déguiser en entreprise "citoyenne". Ceci alors même que le bilan des contrats précédents n'a pas été tiré sérieusement, au contraire de ce qui s'est fait dans d'autres agglomérations (à Bordeaux par exemple) qui ont pu ainsi récupérer des sommes importantes.

Le collectif Eau Publique veillera à ce que ce bilan soit intégralement tiré.
Il se penchera également attentivement sur le contenu du (ou des) contrat(s) de sous-traitance à venir. Nous ne laisserons pas les requins, même aux dents limées, revenir tranquillement croiser dans nos eaux et nous continuerons à défendre la construction d'un vrai service public de l'eau, garant de l'intérêt général.

Collectif Eau Publique
http://www.eau-publique-rouen.fr
Lundi 20 décembre 2010

Fédération pour une Alternative Sociale et Écologique (FASE) 76
Contact : Fede76@lafederation.org
Courrier : Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE) 76 ¤ 205 rue Saint-Julien ¤ 76100 ROUEN Tél. : 06 80 06 93 40
Site : http://fase76.org/

22 décembre 2010

Tout est politique mais ne mélangeons pas tout

M. Labbé, à gauche de Mme Valin (photo JCH)

A la lecture de Paris-Normandie de lundi, je découvre que les hostilités de jeudi dernier, lors de la réunion du conseil communautaire de la CASE ont été ouvertes par Pascal Labbé, délégué de Louviers, membre du Parti des Verts. En accusant « l'opposition socialiste lovérienne de faire de la question de l'eau une machine de guerre pré-électorale » Pascal Labbé veut tout bonnement porter atteinte à notre crédibilité. Il n'y parviendra pas pour une évidente raison : nos arguments portent leurs fruits non seulement auprès de citoyens-usagers devenus attentifs à leur facture d'eau mais aussi d'élus qui ont compris que par habitude ou excès d'occupations ils n'avaient pas suffisamment prêté attention aux énormes profits de Véolia. (voir le tarif des abonnements)

Il est quand même choquant qu'un membre du parti écologiste (à gauche) ne se rallie pas aux valeurs fondamentales de son parti. Les Verts affirment, partout en France, qu'ils sont favorables à la gestion publique de l'eau et au retour en régie publique des services publics délégués de l'eau et de l'assainissement. Il suffit d'aller sur le site des Verts pour constater qu'à Toulouse, à Fontenay-sous-bois, à Quimper ou ailleurs, les Verts agissent pour transformer leurs paroles en actes concrets. Il est toujours possible qu'un Vert le soit par opportunisme ou par calcul électoraliste mais Pascal Labbé n'a-t-il pas été le permanent du groupe Vert à l'Assemblée régionale ? Il m'étonnerait que les élus Verts fassent appel à un homme aux convictions fragiles pour leur assurer une certaine sécurité administrative.

Il est possible aussi que les responsabilités de M. Labbé au sein de l'exécutif de la CASE le contraignent à une solidarité aveuglante quant aux choix effectués par le président dont on sait qu'il n'est pas facile de les discuter. S'agissant de la posture électoraliste, je pense à cet élu (maintes fois réélu) qui m'affirmait encore récemment : « Un élu digne de ce nom est en campagne électorale permanente. A peine élu, il doit penser aussitôt aux prochaines échéances. » Je ne vois pas pourquoi M. Labbé ferait exception.

Notre association, si elle est présidée par un socialiste, comprend des membres de différents partis politiques de Gauche : PS, PC, Parti de Gauche, NPA, elle comprend aussi des sans parti, des sans carte… Pour adhérer à l'association que je préside, il suffit de manifester un intérêt pour la chose publique, d'exprimer la volonté de défendre l'intérêt général…les partis sont là pour conduire des campagnes et pour gagner des élections, ce n'est pas le rôle de notre association. Ne mélangeons pas tout. En d'autres temps Franck Martin en guerre contre l'implantation du Béthel des Témoins de Jéhovah à Louviers dénonçait l'influence des sectes alors même qu'il faisait campagne pour les cantonales. On sait ce qu'il est devenu.

Nous ne sommes ni idiots ni naïfs : bien sûr que notre action est connotée « politiquement » au meilleur sens du terme puisque partie prenante du débat public. Réduire le combat politique, comme le fait M. Labbé, à cette seule dimension électoraliste exprimerait pourtant une pauvreté de la pensée. L'expression citoyenne se nourrit des débats contradictoires. J'ai apprécié la contribution récente de M. Piednoël, premier adjoint de Poses. M. Labbé devrait s'en inspirer et s'inspirer de cette citation d'Aristote qui aurait plu à Jacqueline de Romilly : « l'homme qui est dans l'incapacité d'être membre d'une communauté ou qui n'en éprouve nullement le besoin parce qu'il se suffit à lui-même, ne fait en rien partie de la cité et par conséquent est ou une brute ou un Dieu. » Et M. Labbé n'est pas un Dieu.

21 décembre 2010

Les centristes reculent à nouveau devant l'obstacle : pas de peine de prison pour les députés fraudeurs

Christian Jacob, le nouveau président du groupe UMP de l'Assemblée nationale, a essuyé son premier échec alors qu'il encore tout jeune dans le poste. Succéder à Jean-François Copé, le rusé, n'est pas une mince affaire. Pourquoi a-t-il dû renoncer à l'un des amendements qu'il avait studieusement préparés avec quelques amis : parce que lorsque l'on veut moraliser la vie politique, on doit aller au bout de la démarche et éviter de protéger les intérêts particuliers de quelques uns.

L'Assemblée nationale a donc adopté un texte cette nuit qui permettra d'imposer une amende de 30 000 euros à tout député qui oubliera de déclarer des éléments de fortune personnelle. Copé ne voulait surtout pas de peine de prison (comme prévu à l'origine) ni de peine d'amende. Les députés de la majorité, à la majorité, ne l'ont pas suivi. Désormais, tout député qui aura omis volontairement de déclarer son patrimoine ou en aura fourni une évaluation "mensongère" pourra être puni de 30 000 euros d'amende et, le cas échéant, de la privation de ses droits civiques.

A la mi-journée, le président du groupe Nouveau Centre s'est dit "particulièrement choqué par ce qui s'est passé cette nuit". Mais comme d'habitude, les centristes ont reculé devant l'obstacle en n'exigeant pas que les députés votent le texte d'origine qui prévoyait une peine de prison en cas de fausse déclaration ou de déclaration mensongère. Décidément ces centristes sont bien plus à droite qu'au centre, ce centre que beaucoup cherchent et que personne ne trouve.

20 décembre 2010

Didier Piednoël, adjoint au maire de Poses : « confiance dans la gestion de Pierre Aubinais »

Didier Piednoël, premier adjoint au maire de Poses et délégués à la CASE, me transmet ce texte qu'il me demande de publier. Je le fais volontiers. Je me permets — c'est le luxe d'un blogueur — d'apporter quelques précisions à la suite de l'article.

M. Piednoël écrit : « Je me sens dans l’obligation de réagir à vos deux dernières contributions relatives à la motion sur l’eau. Quand j’ai découvert la première et cette phrase « Le président Aubinais a donc donné lecture d'un long texte besogneux… », j’ai pensé que je ne partageais pas votre avis, ayant au contraire trouvé le texte clair mais lu avec une émotion certaine sous laquelle pointait la colère. Mais après tout, me suis-je dit, contrairement à M. HOUEL, j’étais présent, je suis resté jusqu’à la fin et M. HOUEL, en journaliste, a sans doute jugé de l’aspect « besogneux » du texte sur pièces…

Surprise donc de constater à la lecture de la seconde que lors de la rédaction de la première, la veille, vous n’aviez pas lu la motion. Surprise, et sentiment désagréable…J’en conclus que la partie se joue à plusieurs bandes, comme au billard.

Dire dans un auto commentaire à votre première contribution que M. Jean CARRE, maire de Pitres, a refusé de voter cette motion, c’est feindre d’ignorer (ou d’ignorer totalement, ce qui est, à mon sens, compte tenu de vos états de service professionnels, plus ennuyeux ?) que Jean CARRE a quitté le conseil bien avant, lors d’une passe d’arme entre Marc-Antoine JAMET et Franck MARTIN sur la taxe de séjour unique…

Pour ce qui me concerne je fréquente à la fois Pierre AUBINAIS et les fonctionnaires de l’Agglomération depuis cinq ans ; c’est à la fois peu mais suffisant pour dire que :

• J’ai le sentiment que les fonctionnaires territoriaux de la CASE sont des professionnels de haut vol, ayant pour objectif de servir une politique… décidée par les élus, et en l’occurrence, ici, sur l’eau et l’assainissement, depuis des années, avant que Pierre AUBINAIS ne soit élu…

• Concernant Pierre AUBINAIS, j’ai la certitude que rien d’autre ne l’anime que la volonté de servir dans la sincérité et l’abnégation les mandats qui lui ont été confiés, soit directement par les Posiens, soit indirectement par la CASE en tant que président de la Commission Eau et Assainissement. Donc, l’attaquer comme vous le faites montre une totale méconnaissance du personnage, et dire que « …M. Aubinais est l'otage de Franck Martin » n’est vraiment pas sérieux… pour qui recoupe un tant soit peu ses sources.

Je vous assure qu’une fois le dossier sur la table, s’il est prouvé qu’un retour en régie est la bonne solution, vous aurez en Pierre AUBINAIS un allié objectif… Mais il ne faudra pas dire qu’il est devenu la marionnette de quiconque…Non, il agira alors simplement dans le sens de l’intérêt général et de la justice…

En bref, votre combat contre Franck MARTIN, ses résultats curieux comme aux dernières cantonales, ne peuvent vous permettre d’entraîner la suspicion sur des élus et des fonctionnaires. Pierre AUBINAIS est sincèrement affecté par la situation, et le choix DSP / régie publique ne peut être revu qu’en 2015. Alors d’ici là, argumentez, mais ne sulfatez pas…

Demander aux délégués communautaires s’ils souhaitaient manifester, à Pierre AUBINAIS et aux fonctionnaires chargés des dossiers, leur confiance dans la gestion de la commission m’est apparu jeudi tout naturel compte tenu du contexte que vous avez créé. Je pense que vous aurez sans doute quelques réticences à publier cette contribution. J’espère que vous le ferez…

Didier PIEDNOEL , Premier adjoint (1) au Maire de POSES, Pierre AUBINAIS

(1) Et ceci n’a rien voir avec cela. Sur le papier je serai plutôt plus proche de vous que de Pierre… Sur le papier…

Note de JCH : Merci, M. Piednoël de votre contribution au débat. Il mérite cette richesse. Si M. Carré est sorti de la séance avant le débat sur la motion, je vous en donne acte. Si je n'étais pas présent physiquement, c'est parce que les citoyens sont dans l'ignorance totale des dates de réunions de la CASE et de ses ordres du jour. Il est plus que temps d'informer, par Internet par exemple, les habitants de ce territoire. Cela éviterait que je sois mis au courant de « seconde main » et me permettrait d'apprécier en temps réel les arguments défendus.

« M. Aubinais n'est pas l'otage de M. Martin » dites-vous. J'ai souvenir d'une conférence de presse tenue en duo par MM. Martin et Aubinais qui ramenaient les arguments de la «pseudo» association que je préside « au niveau du caniveau ». Avouez que ce n'est pas le meilleur moyen de dialoguer. C'est un langage qui m'a étonné dans la bouche de M. Aubinais (mais pas dans celle de M. Martin) d'où ma remarque…

« Les fonctionnaires de la CASE sont compétents et efficaces » écrit Sophie Ozanne dans un texte que j'ai publié aujourd'hui. Je partage ce point de vue. Je ne doute pas un seul instant qu'ils seraient tout à fait aptes à servir une autre politique et d'autres choix. C'est d'ailleurs ce qui crédibilise nos propositions.

Je vous remercie de confirmer que cette motion (besogneuse, je le maintiens) a été justifiée par le combat que nous menons avec « abnégation et sincérité » nous aussi sans autre objectif que de servir l'intérêt général.
A ce sujet, pour avoir reçu ma facture d'eau ces jours-ci je constate que le montant de l'abonnement (part distributeur à 100 %) a été augmenté (passant de 20,39 euros en juillet à 20,61 euros en décembre soit 6160 euros de plus dans la poche de Véolia) et qu'il se monte à 41 euros au total pour l'année 2010. Avec 28 000 compteurs, cela représente la somme de 1 148 000 euros ! Pour le premier semestre 2011 on nous annonce un abonnement de 20,91 euros soit 30 centimes de plus qu'au second semestre 2010. Le gain de Véolia sera de 8400 euros…uniquement sur l'abonnement. Tout cela pour détenir un compteur de 15 mm de quelques euros ! Véolia peut être généreux avec le Bénin ! Je vais suivre votre conseil et continuer à argumenter.

« La forfaiture ou le mépris répété des lois les plus intimes de la République » Par Michel Tubiana

« Passées les bornes, il n'y a plus de limites. Cette tautologie populaire résume, malheureusement sans excès, la conception que se fait le pouvoir politique actuel d'une démocratie. Selon la justice quelques policiers construisent de toutes pièces un dossier qui risque d'envoyer un homme en prison pour des années, cet homme aurait été de plus, c'est un comble, victimes de sévices. Ils sont condamnés à de la prison ferme.

Et voici que le ministre de l'intérieur, le préfet, des syndicats de policiers hurlent. Non contre ces hommes qui ont trahi, de la manière la plus grave qui soit, la confiance de la nation mais contre les galeux qui ont rendu cette décision : les juges. Et gageons que nous entendrons bientôt le président de la République y ajouter ses propres commentaires. Quant au ministre de la justice, il nous sert le discours lénifiant qui sied à un eunuque de cour.

Ce n'est certes pas la première fois que les plus hautes autorités de l'Etat s'en prennent aux Juges. Mais c'est la première fois qu'à cette rhétorique, détestable mais devenue habituelle, s'ajoute la caution donnée à quelques policiers qui, ostensiblement, prétendent devenir les régents de l'autorité judiciaire. Je me garderais bien de comparer cette affaire aux centaines d'affaires d'outrages et de rébellion à agents de la force publique qui entraînent des condamnations au bénéfice du doute. Je me garderais, tout autant, de m'attarder sur ces milliers de procédure traitées à la va vite et qui conduisent des hommes et des femmes à supporter des peines démesurées, quant leur innocence n'a pas été bafouée. Je réfute, car parfaitement inexacte, l'accusation d'un prétendu laxisme judiciaire alors que les prisons sont toujours aussi peuplées. En quoi, d'ailleurs, ces injustices ou ces assertions mensongères justifieraient-elles ou invalideraient-elles ce verdict décrié ?

MORALE PUBLIQUE

En l'espèce, et sous réserve de ce que dira la Cour d'Appel, ce qui est en cause, c'est probablement le fait le plus grave que l'on puisse reprocher à un homme ou une femme détenteur des pouvoirs de police : travestir sciemment la réalité afin de se protéger et d'obtenir la condamnation d'un innocent. C'est tout l'édifice de la morale publique, de la légalité républicaine et de l'état de droit qui se fissure. Tout simplement parce que le lien de confiance disparaît, parce que la sûreté des citoyens n'est plus garantie.

Que des syndicats ne comprennent pas cela, même s'ils sont légitimes à exprimer leur exaspération face à leurs conditions de travail, est déjà d'une exceptionnelle gravité. Le plus difficile et le plus long à mettre en œuvre sera de reconstruire la confiance entre la police et la population. De cet uniforme fait pour attiser la crainte, aux pouvoirs démesurés qui lui a été confiés en passant par la mise en coupe réglée d'une hiérarchie qui doit tout à ses maîtres politiques, l'on est loin de la force publique "instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée".

Que ces manifestations déplacées trouvent le secours d'un préfet et d'un ministre de l'intérieur touche aux fondements de la démocratie. Si l'on avait besoin de la confirmation que les plus hautes autorités politiques sont prêtes à nier les règles de tout Etat de droit, voici qui l'atteste. Ce mépris répété des lois les plus intimes de la République a un nom : la forfaiture. Sa force n'est que politique mais il amène à poser la question de la légitimité d'un pouvoir, certes élu, mais sans éthique et sans principes. Le ministre de l'intérieur devrait donc démissionner et il ne le fera pas. Là est bien la preuve que notre démocratie n'en est plus tout à fait une. »

Michel Tubiana, président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme
A lire sur http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2010/12/20/la-forfaiture-ou-le-mepris-repete-des-lois-les-plus-intimes-de-la-republique_1455130_3232.html

« Les fonctionnaires de la CASE ne sont nullement en cause ! » par Sophie Ozanne


Sophie Ozanne (photo JCH) membre de l'association pour l'amélioration du cadre de vie et de l'environnement, répond à un anonyme commentateur :

« Ceux qui ont ouvert le débat sur la gestion de l'eau, ce sont tous les syndicalistes, associatifs et militants politiques qui depuis des années expliquent que l'eau ne peut être source de profits pour des actionnaires privés.

Si le président de la CASE semble "ouvrir le débat" aujourd'hui, c'est contraint et forcé par le travail acharné de quelques personnes sur le territoire de l'agglomération qui ne peuvent accepter que les factures servent à alimenter les gains des actionnaires avides de gros bénéfices. Vous dites, monsieur ou madame (votre anonymat m'empêche de vous appeler par votre nom) « que la motion Aubinais-Martin ne fouette pas un chat.» Je me demande souvent si les mots ont le même sens pour tout le monde.

Si vous lisez cette motion, vraiment, vous reconnaîtrez que pas une seule fois la possibilité d'un retour en régie publique n'est évoqué, qu'au contraire, le texte justifie à chaque page "la bonne gestion" de Véolia, la qualité de ses services, « le bon choix fait par notre collectivité de déléguer ce service public à une entreprise privée.»

Je tiens à dire que les fonctionnaires de la CASE employés au service de l'eau, ne sont aucunement en cause quand nous critiquons la gestion privée du service. Ces personnes font un travail qui leur est demandé, avec sérieux et compétence. Mais malgré tout leur savoir faire et leurs connaissances, elles ne peuvent contrôler le travail de l'entreprise privée. Rappelons-nous "la bavure" du dépotage sauvage de La-Haye-Malherbe, en mai 2009, quand l'eau pompée dans des avaloirs a failli être rejetée dans la nature au lieu d'être transportée jusqu'au centre de retraitement comme le prévoit la loi. Sans l'intervention d'un habitant de La-Haye-Malherbe, qui l'aurait su ?

Seul un service public est le garant de la stricte conformité légale, de l'assurance que personne ne s'engraisse avec les factures d'eau, que les salariés ont de bonnes conditions de travail et que les consommateurs ne sont pas pris pour des vaches à lait !
Sophie Ozanne

Le loup-Servier débusqué de sa tanière

dijonscope.com

À le voir en photo dans la presse de ces dernières semaines, lui si discret par ailleurs, on se dit qu’on a affaire à un gentil grand-père. Rien en effet ne distingue à première vue ce vieillard, chef d’entreprise à la réussite exemplaire, hormis le président de la République qui l’a élevé à fin 2008 à la dignité de Grand’Croix de la Légion d’honneur et l’a personnellement décoré « pour les éminents services rendus à la France ». Jacques Servier, faut-il le préciser, gros donateur à l’UMP, fait partie du désormais fameux premier cercle.

Mais sous cet air débonnaire et respectable, se cache un prédateur redoutable à la mâchoire d’acier ; un loup vorace déguisé en mère-grand. À 88 ans, il entretient méticuleusement sa légende de petit pharmacien d’Orléans qui a réussi. Au-delà de toute espérance. Pensez-donc ! Servier est le troisième laboratoire pharmaceutique privé en France par la taille. Mais à quel prix ?

Il aura fallu toute l’intelligence, le courage et la ténacité d’une femme médecin, le Dr Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, pour que la belle image se brouille, se fissure et devienne celle d’un cauchemar. Cauchemar qui prend le nom d’un médicament dont il s’est vendu par ce laboratoire plus de 145 millions de boîtes depuis 1976 : le Mediator, avant qu’il ne soit beaucoup trop tardivement interdit à la vente en France, en novembre 2009.

Pourtant, le laboratoire Servier dont Jacques Servier est l’inamovible président, aura tout tenté pour la réduire au silence et empêcher puis retarder la parution de l’ouvrage dont elle est l’auteure : « Mediator 150 mg » aux éditions Dialogues et dont le sous-titre « Combien de morts ? » fut, en dernier ressort, censuré par décision de justice à la demande dudit laboratoire.

À ce jour, il semble bien que le chiffre de 500 morts attribué aux effets sur le cœur de cet antidiabétique dont la dangerosité fut signalée dès 1998 et qui a été largement détourné de son objet pour servir de coupe-faim, ne soit que l’estimation basse des dégâts humains dont il est responsable. Le chiffre se situerait plutôt entre 1.000 et 2.000 morts.

C’est, à n’en pas douter, un énorme scandale de santé publique qui se profile à l’horizon après l’affaire du sang contaminé qui éclata en 1991, comme celle de l’hormone de croissance, et enfin celle de la canicule qui fit en 2003, près de 20.000 morts. L’enquête s’annonce longue. La justice devra tôt ou tard dire où, et à quel niveau, se situent les responsabilités. Du laboratoire qui ne pouvait ignorer les effets néfastes de son médicament, mais a privilégié ses profits ? Des responsables successifs de l’Agence du médicament (l’AFSSAPS) chargée de la mise sur le marché et du suivi de la performance des médicaments ? Des experts, théoriquement indépendants, mais dont un certain nombre ont eu, à des degrés divers, des conflits d’intérêts en regard des avis qu’ils avaient à délivrer pour cet organisme ? Des politiques enfin, dont on sait que jusque dans les plus hautes sphères de l’État, des ministres et de très hauts responsables ont fait dans les laboratoires privés, une partie de leur carrière professionnelle ? Et qu’ils auraient pu, par diverses manœuvres, contribuer à protéger les intérêts de l’industriel pharmaceutique au détriment de la santé publique.

Reynald Harlaut
Sources :
Hebomadaire Marianne N°709 du 20 au 26 novembre 2010, pp. 35-38 :
Irène Frachon, le médecin qui a eu la peau du Mediator.
Hebomadaire Marianne N°711 du 04 au 10 décembre 2010, pp. 38-42 :
Mediator – Les étranges méthodes de monsieur Servier.
Éditions Dialogues :
http://www.editions-dialogues.fr/livre/mediator-150-mg/
Jacques Servier :
« Quand Sarkozy encensait Jacques Servier »
http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/54882/date/2010-11-17/article/quand-sarkozy-encensait-jacques-servier-fabricant-du-mediator/
Rue 89 : « Voici comment on arrive à plus de 1000 morts pour le Mediator »
http://www.rue89.com/2010/12/18/voici-comment-on-arrive-a-plus-de-1-000-morts-pour-le-mediator-181350
Médiator – Sur le médicament lui-même :
http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/medecine/d/mediator-le-medicament-qui-fait-mourir_26109/

19 décembre 2010

« Les ambigüités de Greenpeace sur le nucléaire »

« Il est étonnant que l’association Greenpeace, considérée par tous comme le symbole de l’antinucléaire, se soit mobilisée contre la construction des réacteurs EPR en invoquant les dangers de l’EPR. En fait, ce n’est pas ça qui est étonnant, mais plutôt le fait qu’ils se mobilisent contre les EPR sans invoquer les dangers que nous font courir nos autres 58 réacteurs. Greenpeace, si friande d’actions spectaculaires n’a mené aucune action contre la construction de l’usine d’enrichissement par centrifugation Georges Besse II sur le site du Tricastin. Aucun militant n’est monté sur une grue, n’a mis de banderole. Rien, aucune action de Greenpeace contre cette usine... N’est-ce pas bizarre ?

Que signifie donc cette inaction de Greenpeace face à une usine d’enrichissement d’uranium ? Alors que la majorité des réacteurs nucléaires en service utilisent de nos jours non pas de l’uranium naturel mais des combustibles à base d’uranium enrichi.
Jean-Michel Bezat, journaliste au Monde a récemment publié un entretien avec Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France, intitulé « Mieux vaut prolonger les centrales qu’en construire de nouvelles ». L’entretien fait suite à l’article « Le nucléaire au microscope. La centrale nucléaire du Tricastin ouvre le bal du checkup décennal d’EDF ». L’objectif affiché d’EDF « parvenir en sécurité jusqu’à 60 ans d’exploitation ».

Le sujet de l’article du Monde est la durée de vie des 34 réacteurs 900 MW. Il débute par : « L’exploitation des centrales nucléaires mises en service entre 1977 et 1986 peut-elle être prolongée sans risques au-delà de trente ans ? ». C’est la question à laquelle l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) va devoir répondre à l’occasion des visites approfondies qu’elle effectuera, réacteur par réacteur, jusqu’en 2020. L’ASN a commencé ce travail en mai 2009 au Tricastin.
L’ASN a défini en 2009 les conditions d’une prolongation de 10 ans des 34 réacteurs de 900 MW. C’est sur la sûreté qu’EDF sera jugée au cours des visites décennales. La troisième visite décennale du réacteur 1 de Tricastin est terminée et celle du réacteur 1 de Fessenheim, démarrée en octobre 2009 est également terminée et l’ASN doit donner son verdict début 2011.
Sur le site de l’ASN, le directeur des centrales au sein de l’ASN, Guillaume Wack précise : « L’ASN n’a pas identifié d’éléments mettant en cause la capacité d’EDF à maîtriser la sûreté des réacteurs de 900 MW jusqu’à 40 ans ». Mais après 40 ans ?

La prolongation est donc acquise dans son ensemble mais, citant le président de l’ASN André-Claude Lacoste : « La visite décennale ce n’est que la partie émergée de l’iceberg ». Plus loin « L’ASN peut être d’accord sur une prolongation de cinq ans seulement », insiste Lacoste. L’article cite des responsables EDF qui sont très optimistes. Bernard Dupraz, directeur général adjoint chargé de la production et de l’ingénierie « Nous sommes confiants. Notre objectif est d’aller jusqu’à soixante ans sur l’ensemble du parc. On y travaille ». Optimisme aussi du patron du parc nucléaire Serge Massart « Lors des visites décennales, nous n’avons jamais eu de grosses surprises » « le parc vieillit très bien ». Pas d’incidents avec rejets radioactifs, tout va bien grâce « au retour d’expérience sur un parc de réacteurs de conception très proche et par une maintenance quotidienne, même si la CGT dénonce un relâchement des efforts ». Cet optimisme est contesté par Yves Marignac directeur de Wise-Paris : « le problème est que le retour d’expérience est proche de zéro sur une technologie née dans les années 70 ». « Aucun pays n’a développé un ensemble cohérent de critères pour définir des conditions entraînant un arrêt pour cause de vieillissement ». Voilà pour les positions des responsables de l’ASN et de EDF, mais qu’en est-il de Greenpeace ?

Dans Direct Matin, on y voit Pascal Husting au siège parisien de Greenpeace France, souriant et décontracté juste au-dessus du titre « Mieux vaut prolonger les centrales qu’en construire de nouvelles ».
A la question de Jean-Michel Bezat « Est-il dangereux de prolonger l’exploitation des centrales nucléaires au-delà de trente ans ? ». La réponse est la même que précédemment : « Une grande partie des centrales pourrait être prolongée de dix, voire vingt ans ». On éviterait ainsi de se lancer à corps perdu dans un renouvellement du parc qui compromettrait la mise en œuvre de vraie solution face au changement climatique ». Il ajoute : « Mais prolonger la vie de véritables poubelles comme la centrale de Fessenheim, dans le Haut-Rhin en Alsace, est une aberration. En France, les bénéfices opérationnels issus de cette prolongation devraient être investis exclusivement dans le changement de notre modèle de production et de consommation de l’énergie ».

Or, sur le site de Greenpeace France, pas un mot sur l’interview de Pascal Husting et sur sa prolongation de durée de vie de 10 voire 20 ans ! Donc pas un mot de condamnation. Alors qu’en 2009, Pascal Husting déclarait au contraire : « Nucléaire : rien ne peut justifier la construction de nouveaux réacteurs ou la prolongation des anciens ! ». Apparemment les contradictions ne gênent pas son auteur puisqu’il continue ainsi : « EDF voudrait par ailleurs prolonger la vie de ses centrales nucléaires de vieille génération, dont la conception date de quarante ans. L’objectif de l’opérateur français est d’en tirer encore un plus grand bénéfice pour investir dans de nouveaux réacteurs, alimentant sans fin la filière nucléaire. Ces centrales ont vieilli : elles présentent des risques de plus en plus grands et rien ne vient justifier la prolongation de leur vie ».

Le texte dit « EDF voudrait prolonger la vie de ses centrales nucléaires de vieille génération dont la conception date de 40 ans » Il y a une confusion entre « durée de vie à la conception » et « fin de vie » d’un réacteur. La durée de vie à la conception peut être de 40 ans mais si, par exemple, une fissure est détectée pouvant conduire à une rupture de cuve, le réacteur sera arrêté avec une fin de vie inférieure à 40 ans. C’est justement là qu’est le problème. La durée de vie à la conception était pour EDF de 40 ans, alors que c’est bien de durée d’exploitation, de fin de vie, qu’il est question.

On remarque alors l’ambiguïté du propos de Pascal Husting. La prolongation dont il parle concerne-t-elle la durée de fonctionnement après les 30 ans de la 3ème visite décennale ? Ou s’agit-il de la prolongation de la durée de vie à la conception, 40 ans pour EDF ? 10 ans voire 20 ans cela conduirait à 50 ans et 60 ans de durée d’exploitation en fin de vie, comme pour EDF...Pratiquement, tout ne se passe-t-il pas pour Greenpeace comme si l’accident nucléaire n’était pas ce qu’il faut éviter à tout prix bien que la prolongation soit considérée comme dangereuse ?

Comme si, malgré leurs défauts, nos réacteurs nucléaires étaient sûrs à 100% ? (à part Fessenheim, cette poubelle selon Pascal Husting) ce que démentent les incidents répertoriés sur les autres réacteurs français. Avec cette non-action contre l’usine d’enrichissement Georges Besse II tout se passe comme si les dirigeants de Greenpeace attendaient avec cette sortie du nucléaire en douceur et la maturité des énergies renouvelables, la mise en route de réacteurs de la 4ème génération...

Il est étonnant maintenant de voir que la stratégie de Greenpeace revient à admettre un nucléaire durable avec la prolongation de vie des centrales existantes et le risque d’accidents nucléaires de plus en plus grave. Raison de plus quand elles seront toutes passées dans les mains du privé. Je ne suis pas antinucléaire mais je risque de le devenir si la prolongation de vie des centrales devenait pérenne. Et Greenpeace que je considérais comme un contrepouvoir efficace du nucléaire pour la sécurité de tous ne remplit plus son rôle. Pourquoi ? »

Alain Lefeez

Les phrases citées dans cet article proviennent : du Monde, de l’ASN et de EDF. Je n’ai rien trouvé sur ce sujet sur le site de Greenpeace.

18 décembre 2010

Réponse à MM. Aubinais-Martin et leur motion magique sur le prix et la qualité de l'eau dans la CASE

M. Aubinais à Evreux lors de la conférence sur le prix de l'eau dans l'Eure. (photo JCH)

Je viens de terminer la lecture de la motion sur la gestion des services d'eau et d'assainissement proposée au vote des délégués de la communauté d'agglomération Seine-Eure. Cette motion lue par M. Aubinais, maire de Poses et vice-président chargé de ces questions, préparée par les services techniques de la CASE, est un texte intéressant.

Mais il commence mal. Ecrire que « depuis plusieurs mois certains élus sont la cible de violentes attaques sur la gestion etc. » n'est pas conforme à la vérité. Ces écrits sont donc malheureusement polémiques alors que la vérité est la suivante : l'association que je préside et que j'anime collectivement, cherche à faire passer (chez les élus et dans le public) des messages nécessaires à la fois sur les plans démocratique et financier. Nous faisons le travail que les élus ne font pas car il est légitime de savoir comment sont justifiés les millions d'euros payés à Véolia. Et donc à ses actionnaires.

Malgré des justifications historiquement vraies sur la responsabilité d'Odile Proust, M. Aubinais en tire des conclusions opposées aux nôtres uniquement pour conforter l'analyse de Franck Martin favorable au privé. Autrement dit, M. Aubinais est l'otage de Franck Martin. Quand il affirme que « les élus de l'agglomération sont très fiers de la politique conduite en ces domaines complexes et très techniques » il ne fait que reprendre l'antienne de M. Martin. Ce dernier a toujours vanté la soi-disant «complexité» pour s'exonérer de l'absence d'informations citoyennes. Cette motion est une réponse à nos critiques et en ce sens, nous considérons que le dialogue est amorcé alors qu'il était impossible jusqu'à maintenant.

Je suis heureux, également, de constater que cette motion affirme enfin, haut et fort, que le contrat avec Véolia sera caduc en février 2015 ! Il en aura fallu des mois d'affirmation répétées de notre part pour en arriver là ! Pourquoi avoir tant tardé à admettre l'inévitable ? Pourquoi M. Martin s'est-il obstiné à affirmer, il y a encore quelques semaines, que le contrat expirerait en 2024 ?

Je remarque, d'autre part, que l'essentiel du plaidoyer de M. Aubinais est un plaidoyer pro domo. La CASE a beaucoup investi, beaucoup dépensé… tout cela est très bien. L'eau est de bonne qualité (bravo !) la ressource est protégée (encore bravo !) mais l'essentiel est ailleurs. Quand on regarde sa facture d'eau que voit-on ? Que la part de Véolia dans le mètre cube d'eau potable est de 87 % (13 % pour la CASE) alors que pour le mètre-cube d'eau assainie, elle est de 52 % pour Véolia et 48 % pour la CASE laquelle a effectivement construit des stations d'épuration performantes. Qui paiera sinon les usagers ? Idem pour l'action au Bénin. Je suis favorable au creusement de puits en Afrique et à la solidarité technique et financière avec le Bénin d'Hubert Zoutu. Mais quand la fondation Véolia verse 82 000 euros à l'association pour Bohicon, d'où vient l'argent sinon du 1% de contribution pour les pays en voie de développement ? Véolia est généreux avec l'argent des autres !

S'agissant des révisions quinquennales, elles ne sont pas du fait de la CASE mais sont rendues obligatoires par la loi (1). Je suis de ceux qui pensent, comme MM. Aubinais-Martin, qu'une tarification progressive est utile pour responsabiliser les usagers mais faire croire que cela favorise une tarification sociale pour les ménages les plus modestes est une contre-vérité dans la mesure où les coupures d'eau continuent de sévir et les pénalités avec (de quatre à six par mois en moyenne).

Le rendement et le renouvellement de réseau ? M. Aubinais se targue d'un rendement de 84 % (84 mètres-cubes distribués sur 100 mètres-cubes produits soit 16 % de fuites) sur le territoire de la CASE. Il s'agit, là encore, d'un leurre. Ce résultat excellent n'est dû qu'au rendement rolivalois (93 %) lui-même conséquence de réseaux neufs. Qu'en est-il à Acquigny ou même à Louviers où le rendement n'est que de 77 % !
L’année 2009 a été une mauvaise année pour le taux de renouvellement des réseaux qui a été particulièrement faible. Avec un taux de 0,36 % on peut dire que le résultat n'est pas bon du tout. Sur les quatre dernières années, il a été de 1,3 % ! La moyenne française.

Un peu de sémantique enfin : la case s'est dotée, selon MM. Aubinais-Martin d'une régie d'«ingénierie» terme que nous avons utilisé pour décrire la régie créée par Daniel Leho que M. Martin a traité d'escroc intellectuel et de manipulateur. Affirmer ainsi que la CASE est devenue la donneuse d'ordres est un abus de langage. Car le contrôle des élus et des techniciens sur les prestations de Véolia demeure laxiste. M. Yung, vice-président de la CASE l'a reconnu : « quand on passe un contrat, on fait confiance. »Les actionnaires de Véolia n'en demandent pas plus.

Je ne saurais conclure sans m'insurger (pour le coup) contre l'affirmation de M. Aubinais : « la CASE a renégocié ses contrats à deux reprises. » C'est formellement vrai mais l'usager n'en a rien su ni rien vu. Et cette renégociation n'a eu aucune influence sur le prix de l'eau, bien au contraire. Si la régie publique peut modifier le prix du mètre-cube chaque année, ce n'est pas le cas de Véolia qui voit le prix être modifié au gré des indexations acceptées par l'autorité organisatrice à l'origine du contrat sans préjudice des procédures de révision quinquennale. Le prix du mètre-cube d'eau est de 3,86 euros sur la majeure partie du territoire de la CASE. Il pourrait baisser de 20 à 30% en cas de renégociation serrée avec le délégataire (2). C'est cela que nous aurions aimé lire sous la plume de MM. Aubinais-Martin. Et c'est vers cela que tendra notre action jusqu'à complète satisfaction.

(1) La loi sur l'eau contraint les agglomérations à mettre en ligne sur Internet le rapport sur le prix et la qualité de l'eau. A la CASE, ce n'est pas fait, M. Aubinais !
(2) La marge nette ne doit pas aller dans la poche des actionnaires de Véolia. Elle doit permettre de baisser le prix de l'eau, d'améliorer la capacité d'investissement de la CASE et les conditions de travail des salariés.

17 décembre 2010

La motion magique de Martinix

Nathalie Bellevin, conseillère municipale (PS) de Louviers, distribuant le tract destiné à rendre publics les textes des tribunes libres destinées au journal municipal et censurées par le maire. (photo JCH)

Les événements dont je vais vous entretenir se sont déroulés de 0 heure à 0 heure 15 cette nuit au siège de la communauté d'agglomération Seine-Eure réunie en assemblée plénière. L'ordre du jour, très chargé en cette fin d'année, a permis aux 84 délégués présents ou représentés d'adopter une montagne de délibérations.

Vers minuit, le président Martin, épaulé par le conseiller Labbé, a soumis au vote des délégués une motion sur la gestion de l'eau et de l'assainissement destinée à conforter ses choix en faveur d'une délégation de service public. Le président Aubinais a donc donné lecture d'un long texte besogneux rappelant la pertinence de la politique suivie par l'exécutif de la CASE en faveur de Véolia.

Comme la ficelle était un peu grosse, un peu trop grosse même, compte tenu des événements lovériens et du combat que nous ne cesserons de mener jusqu'au 4 février 2015 en faveur d'un retour en régie publique, certains délégués ont marqué leur surprise d'avoir à voter une motion « magique » alors qu'aucun vote majoritaire de la CASE n'a fait défaut sur ces dossiers depuis des années ! Et comme les socialistes lovériens, avec d'autres partis de gauche (PC, NPA, PG) sont à la pointe de la lutte, le sieur Labbé (1) y a vu un complot, que dis-je un complot, une intrigue destinée à affaiblir la position de Martinix. Pauvre Labbé, pauvre misère.

Parmi ces socialistes, Richard Jacquet, maire de Pont-de-l'Arche, a compris que cette motion (totalement inutile en ces lieux) n'avait d'autre fonction que de rendre service au maire de Louviers face à ses oppositions lovériennes. Bernard Leroy (droite) n'a-t-il pas évoqué la même idée en assurant : « si c'est une motion de soutien à M. Martin contre ses oppositions lovériennes, je voterai contre, si c'est pour soutenir la politique conduite à la CASE, je voterai pour. » Il a bien sûr voté pour comme tout bon centriste qui se respecte : on va voir ce qu'on va voir et on ne voit rien.

Qu'ont fait une petite quinzaine de délégués ? Ils ont suivi Richard Jacquet qui a pris ses clics et ses clacs et a quitté inopinément la séance avant le vote sur cette motion magique. Motion adoptée par les délégués restés assis, certains autres s'abstenant.

La morale de l'histoire ? Martinix est affaibli. Il est, comme on dit, sur la défensive. C'est si vrai qu'au cours d'une séance de conseil régional récente, il a présenté François-Xavier Priollaud (Nouveau centre, successeur d'Hervé Morin) aux élèves du lycée professionnel Decrétôt, comme le futur maire de Louviers. C'est dire la confiance qu'il place dans son avenir municipal. C'est dire aussi la crainte que nous lui inspirons.

(1) Sauf erreur de ma part, Pascal Labbé appartient au parti des Verts. Les Verts sont favorables au retour en régie publique des services publics délégués de l'eau et de l'assainissement. Qu'en dites-vous M. Labbé ?

« Le président » Georges Frèche, un film sur le cynisme en politique et sur la solitude du pouvoir


J'irai voir « le président », film documentaire d'Yves Jeuland, retraçant la carrière de Georges Frèche, ancien maire de Montpellier et ancien président de la Septimanie (1)…ou plutôt de la région Languedoc-Roussillon, décédé au mois d'octobre dernier. J'ignore encore dans quelle salle je devrais me rendre car si le film est bien projeté cette semaine sur les écrans à Paris, je ne l'ai pas aperçu dans les programmations régionales.

Pourquoi faut-il aller voir ce film dont nous avons abondamment entendu parler ? Parce qu'il exemplaire des dérives des hommes de pouvoir. Georges Frèche a appartenu au Parti socialiste avant d'en être exclu. J'ose penser qu'il y trouvait une résonance avec des valeurs collectives partagées. Mais cela, c'était au début de sa carrière. A une époque où pour se lancer dans la vie politique, il fallait obligatoirement passer par la case Parti. A une époque où il pratiqua la politique de manière intelligente ce qui lui fit perdre, disait-il, trois élections importantes. « Durant les 25 autres campagnes, je leur ai raconté des histoires de cul et des galéjades, et j'ai gagné sans interruption. » Le cynisme dans toute sa splendeur.

Il faut aller voir ce film pour constater combien les entourages des «imperators» sont intoxiqués voire drogués par la faconde des chefs. La bande annonce du film permet d'entendre le directeur de cabinet de Frèche alors qu'il s'adresse à l'équipe de campagne lors des dernières élections régionales : « vous devez mentir, gonfler les chiffres…» des propos inimaginables dans la bouche d'un homme de gauche !

On comprend mieux, dès lors, pourquoi Frèche a régné sur sa région et dans sa ville si longtemps. On comprend mieux aussi pourquoi son état de santé l'a conduit à se libérer des bienséances et des règles communes de la vie en société. Pourquoi il a lâché des propos orduriers sur les harkis ou l'équipe de France de football. Cet homme seul, perdu pour la cause, aigri, ne roulait que pour lui et par lui. Le pouvoir rend fou quand il devient la seule obsession de ceux qui le possèdent. Et qui sont prêts à tout pour ne pas le perdre.

(1) Agrégé de lettres classiques, Georges Frèche brillait par sa culture. Elle l'avait amené à vouloir changer le nom de sa région en Septimanie, province des royaumes barbares du Ve au XIe siècles. Elle recouvrait à peu près le Languedoc-Roussillon actuel.

16 décembre 2010

« C’est l’hôpital public qu’on assassine »

« C’est l’hôpital public qu’on assassine ». De qui est cette phrase ? D’un opposant de gauche au président de la République pense t-on d’abord. Eh bien non, vous avez perdu. Elle est de Bernard Debré, député de l’UMP, mais un révolutionnaire quand même selon la marquise Lagarde.

À la mi-octobre, alors que les salariés de ce pays étaient mobilisés dans la rue pour défendre la retraite à 60 ans, des mouvements de grève touchaient quarante quatre hôpitaux dans le silence ou l’indifférence relative des médias. La situation dans les hôpitaux publics tourne au cauchemar depuis la mise en œuvre de la loi HPST (hôpital, patients, santé, territoires) et son corollaire, les vingt-six agences régionales de santé (ARS).

C’est probablement cela qui a poussé Anne Gervais, médecin à l’hôpital Bichat et André Grimaldi, professeur de médecine à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à publier dans le Monde diplomatique de novembre 2010 un article intitulé : Hôpital public à vendre.

Voici un extrait de ce que déclarait le 8 novembre le professeur Grimaldi, interrogé à ce sujet par Daniel Mermet dans l’émission « Là-bas si j’y suis » qu’il consacre chaque mois au Monde diplomatique. Lisez bien et jugez-vous-même !

« J’ai, dit-il, rencontré Jean-Michel Laxalt, qui était jusqu’en 2009 président de la MGEN [Mutuelle générale de l’Éducation nationale], donc d’une grande mutuelle, vice-président de la Mutualité française, qui me rapportait son entrevue à l’Élysée avec le président Sarkozy. Et il me disait : « Quand on rencontre le président de la République avec la Mutualité française, en général on a droit à un discours assez convenu qui est : « Je suis heureux de recevoir un des piliers du pacte social républicain ». Avec lui, là, ça a été tout différent. Le président Sarkozy a dit une première phrase : « Vous êtes ici au Centre de décision nucléaire ». Deuxième phrase : « Je n’ai rien contre vous ». Troisième phrase : « Nous avons deux points à l’ordre du jour : la discussion du financement de la solidarité et un point technique ». Et, poursuivit Jean Laxalt, nous n’avons discuté que du point technique. Et le point technique lui demandais-je, c’était quoi ce point technique ? Le président de la République : « TOUT, désormais, est ouvert à la concurrence ».

On comprendra donc immédiatement que s’en est fini de notre système de protection sociale et de santé publique : de la Sécurité sociale, de l’hôpital public accessible à tous sans distinction de statut social et de revenus. Ce sera très certainement, même non déclaré, l’un des objectif fixés à ce « nouveau » gouvernement et ce n’est certes pas un hasard si les composantes dites « sociales » de l’ancien ont toutes été priées d’aller voir ailleurs. Ce à quoi nous allons désormais être soumis dans les mois à venir, c’est à de la chirurgie de guerre sans anesthésie. Car cette droite de choc, impitoyable, va bien sûr récidiver, enhardie d’être parvenue à faire passer – même aux forceps et en dépit du coût politique à payer –, la contre-réforme des retraites. Et cela d’autant plus rapidement que le temps lui est compté avant la présidentielle et que les forces vives de la nation ont, après cette bataille, besoin de reprendre souffle. Monsieur frère, patron du groupe Malakoff-Médéric, est quant à lui, déjà prêt à ramasser la mise.

Reynald Harlaut


Pour lire l’article d’Anne Gervais et André Grimaldi : « Hôpital public à vendre » :
Le Monde diplomatique N°680 – Novembre 2010, p. 1.
http://www.monde-diplomatique.fr/

Pour réécouter l’émission de Daniel Mermet du 8 novembre : « Autour du Diplo » :
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2033

L'affaire des injures aussi bizarre qu'étrange : il n'y a rien au PV officiel !

Photo du PV officiel de la mairie.

Je me suis rendu à la mairie de Louviers, ce matin, pour prendre lecture du procès verbal officiel de la séance du conseil municipal du 15 novembre dernier. On devrait lire ces PV plus souvent tant ils recèlent de richesses souvent méconnues. Si j'ai souhaité prendre connaissance de ce procès verbal officiel c'est parce qu'Olivier Aubert, conseiller municipal UMP (1) a eu l'élégance de me signaler que le maire me faisait l'honneur de me citer. Évidemment, je souhaitais savoir à quelle sauce la secrétaire de séance, une jeune conseillère municipale que je ne connais pas, m'avait accomodé. D'où ma visite à la mairie.

Je vais passer brièvement sur ce qui me concerne. Je lis (voir photo) : « Des voix s'élèvent, M Houel s'insurge contre les propos du maire. » La vérité est plus simple. Quand Franck Martin a traité son «ami» Daniel Leho d'«escroc intellectuel» et s'est tourné vers moi pour me faire un bras d'honneur j'ai prononcé un seul mot : « contrôle ! ». Ni plus ni moins. Prononcer ce mot est-il synonyme d'insurrection ? De révolte certainement. A vous, lecteurs de ce blog, d'en juger.

Plus intéressante me semble être cette agression contre le président Leho, animateur imaginatif d'un syndicat comprenant 109 communes et créateur d'une régie publique d'ingénierie à bons de commandes après appel d'offres ouvert. Une régie unique en son genre et imitée depuis par d'autres élus et responsables de syndicats d'eau. Plus intéressante parce que contrairement aux affirmations de Franck Martin, le prix de l'eau a bien baissé et que le niveau des investissements a considérablement augmenté. « Nous avons investi cette année cinq millions d'euros, sans emprunt, dans le changement des compteurs devenus détecteurs de fuites » a même précisé Daniel Leho lors d'une récente réunion au conseil général en présence de M. Aubinais, délégué à la CASE. S'agit-il là d'une «manipulation» comme ose le prétendre le maire de Louviers, président de la CASE ? Manipulation et escroquerie (même intellectuelle) sont des mots très forts. Leur sens est évident : il s'agit de tromper avec intention les usagers ou les élus. Daniel Leho, dont on connaît l'honnêteté et la probité, appréciera à leur juste valeur les assertions de son ancien collègue.

Plus intéressante encore me semble être l'absence totale dans le procès-verbal officiel de la mention d'injures ou d'insultes à l'égard de conseillères municipales de la majorité. Si des mots répréhensibles avaient été réellement prononcés et donc entendus, j'imagine que le maire aurait tenu (et sa secrétaire avec) à ce que ces propos soient rapportés dans le procès-verbal de la séance ! Il n'y a rien ! Cette histoire d'injures me semble aussi bizarre qu'étrange.
Lire le compte rendu intégral à l'adresse suivante : http://louviersvlog.free.fr/?p=734

(1) Avec Olivier Aubert, nous ne sommes pas du même bord politique. Mais il est dans une opposition de droite et subit les mêmes avanies que l'opposition de gauche.

15 décembre 2010

« Tout juste bons à emballer le poisson »

les bancs de la presse lors de la dernière séance du conseil municipal(photo JCH)

Dans une saillie dont il a le secret, saillie verbale rapportée par le quotidien Paris-Normandie de ce jour, le maire de Louviers a exprimé son sentiment sur la presse locale : « Ces journaux (NDLR : La Dépêche et Paris-Normandie) tout juste bons à emballer le poisson. » Si le maire faisait les courses plus souvent il saurait qu'on n'emballe plus le poisson dans des journaux depuis fort longtemps.

Mais cette sortie appelle quelques commentaires. Franck Martin exprime, tout d'abord, le dégoût qu'il ressent à l'égard de journalistes libres, non liés à l'histoire politique de Louviers, observateurs neutres des événements et séquences lovériennes. Ensuite, il fait part du mépris avoué pour des journaux locaux dont l'objectif est avant tout de rendre compte de la vie locale au travers du prisme journalistique forcément soumis aux choix éditoriaux des professionnels de la presse et de leur ressenti personnel.

Il n'est pas surprenant que Franck Martin rende publics sous cette forme insultante ses sentiments profonds vis-à-vis de la presse locale. Il fait partie de ces politiciens habitués à être adulés, encensés, imbus d'eux-mêmes et surpris que la vox populi pense différemment. Il n'aime les journalistes que soumis. Il se trouve qu'à Louviers, ces professionnels changent souvent, qu'ils n'ont partie liée avec personne et ne font qu'exprimer leur liberté.

Cela m'amène à corriger quelques erreurs (volontaires ?) commises récemment par le maire de Louviers, dans Paris-Normandie Dimanche justement. Il affirme avoir été journaliste à la Dépêche de 1978 à 1994. Ce n'est pas exact. Il l'a été, en effet, mais seulement de 1978 à 1984. Ensuite s'il a continué d'être salarié de La Dépêche, c'est en tant que secrétaire général, «responsable» (dans le bon sens du mot) de la gestion de cette société contrainte de déposer le bilan dans les années 93-94 après des années de mauvaise fortune.

En 1994, lors de la vente de La Dépêche au groupe Hersant (1) qui a mis 17 millions de francs sur la table (et non 14) Franck Martin n'a pas trouvé quatre millions de francs ! Il a proposé la création d'une SCOP (2) (je l'ai d'ailleurs suivi dans cette aventure) mais nous n'avons pas été capables de rendre crédible notre offre. Peut-être veut-il parler alors de l'offre de La Dépêche du Midi de Jean-Michel Baylet (actuel président du PRG) arrivé dans le dossier bien tardivement et bien faiblement au plan financier.

Les leçons de tout cela ? Il ne faut jamais accuser les journalistes de ses propres turpitudes. Quand on raconte l'histoire, il ne faut pas la réécrire car il se trouvera toujours un témoin pour corriger les erreurs et rétablir la vérité.

(1) Philippe Hersant n'avait, en juillet 1994, qu'un rival sérieux : le groupe Méaulle. Ce dernier mit la même somme que lui devant le tribunal de commerce d'Evreux mais ne fut pas retenu. Ce groupe racheté par Ouest-France depuis est, aujourd'hui, le propriétaire de La Dépêche… comme quoi !

(2) Une Société coopérative et participative (Scop) est, en droit français, une société commerciale, société anonyme ou société à responsabilité limitée. Soumise à l’impératif de rentabilité comme toute entreprise, elle bénéficie d’une gouvernance démocratique et d’une répartition des résultats favorisant la pérennité des emplois et du projet d’entreprise. Ses salariés-coopérateurs y sont en effet associés (ou « co-entrepreneurs ») majoritaires et détiennent au moins 51 % du capital et 65 % des droits de vote. Par ailleurs, quelle que soit la quantité du capital détenu, chaque coopérateur ne dispose que d'une seule voix lors de l'assemblée générale de l'entreprise. (source wikipédia)