2 janvier 2013

Pourquoi François Hollande devrait venir à Val-de-Reuil

Val-de-Reuil en 1976. (photo Jean-Charles Houel)
Si François Hollande rend visite à Val-de-Reuil et à son maire, comme c'est plus que probable, le camouflet infligé à Franck Martin sera terrible. Alors que ce dernier se démène tous azimuts — dans la mesure de ses faibles moyens d'influence — pour semer le maximum d'obstacles sur la route de Val-de-Reuil et tenter d'empêcher François Hollande de saluer les efforts de l'Etat et de la commune dans la rénovation urbaine, la volonté du président de la République  de mettre en évidence cette politique doit l'emporter. Ce qui est bien le moins. Il ferait beau voir qu'un chefaillon radical 3e République en remontre à celui qui a su battre Sarkozy tout en levant une grande espérance à gauche.
Pourquoi cet acharnement contre Val-de-Reuil et contre son maire ? Nous sommes nombreux à continuer de nous interroger sur les raisons profondes de l'aversion de l'élu lovérien à l'égard de son alter ego rolivalois. Au-delà du parcours universitaire de Marc-Antoine Jamet et de ses diverses responsabilités politiques de haut niveau, au-delà de ses fonctions actuelles chez LVMH que ses opposants lui jettent à la figure comme une insulte, et surtout au-delà du caractère affirmé du maire rolivalois se traduisant parfois par un dissensus au sein de la CASE, Martin a toujours vu dans Jamet un rival et non pas un complément : Louviers contre Val-de-Reuil, les Lovériens contre les Rolivalois. N'oublions pas les efforts réussis de Bernard Amsalem pour mieux intégrer la ville nouvelle dans le paysage. Des efforts aujourd'hui bien mal récompensés.
Cette dichotomie, donc, fonctionne assez bien à la CASE où Marc-Antoine Jamet est relativement marginalisé. Je l'ai déjà écrit ici, il faut être «bien» avec le président sous peine d'être sanctionné. Pas ouvertement, bien sûr, mais sournoisement. « Si pas gentil, pas de crédits pour ceci, pas de subventions pour cela ». Comme dirait Omar Sy «pas de bras, pas de chocolat». Mais les délégués de la CASE sont lucides et, en off, ils ne se privent pas de dénoncer les méthodes du président voire certains de ses choix dans l'attente de jours meilleurs. La plupart des délégués sont fatigués des querelles mais certains osent ouvrir les yeux. L'affaire du personnel « dans la souffrance » (voir articles précédents) leur démontre qu'ils ne savent pas grand chose du fonctionnement interne des services et n'ont aucune idée des rapports entre l'encadrement et le personnel dit d'exécution. Il en est de même sur les dossiers tels celui des régies par exemple. Qui se préoccupe vraiment de savoir quel avenir les responsables de la CASE réservent aux délégations de services publics ? Ou encore le sauvetage de M-Real dans lequel Martin n'a jamais cru, au point de porter atteinte au combat des salariés en lutte. Cela ne l'a pas empêché d'aller parader au conseil général pour fêter la solution courageuse proposée par Jean-Louis Destans ! Double langage permanent. Idem avec les socialistes de Louviers, nuls et pas crédibles selon lui, alors que ceux de Rouen sont éminemment fréquentables puisque pourvoyeurs d'avantages. Martin est un vrai radical (1). A géométrie variable. Ses soutiens aux Verts, hier, au MODEM, demain, illustrent un cheminement chaotique avec un seul but : garder le pouvoir coûte que coûte !
Par sa personnalité, par son engagement rolivalois, Jamet perturbe le jeu de Martin. Il est l'empêcheur de danser en rond. Son élection comme premier secrétaire de la fédération du PS a, de plus, été très mal vécue par l'ancien président du PRG de l'Eure. Pourtant, Martin avait figuré à la 5e place de la liste régionale (une place sûre) conduite par Marc-Antoine Jamet — ce que je lui ai assez reproché — et ils ont fait ami-ami le temps d'une campagne sans tromper qui que ce soit. Pour Martin, cette élection était pain béni après sa défaite aux cantonales et la réduction du montant de ses indemnités. Sans le vouloir, Marc-Antoine Jamet l'a remis en selle. Il n'a d'ailleurs pas fini de payer la félonie de Martin dont la ligne de conduite locale ne varie pas : « Sus à Jamet et ses suppôts ! »
Claude Cornu (à droite sur la photo) François Loncle, député, et Michel Natier, directeur du musée de Louviers sont à l'origine de la visite du président de la République dans cette ville. (photo JCH)
Le pire dans tout cela, c'est que Martin s'affirme comme mendésiste. En politique, on peut dire beaucoup d'âneries puisque la politique c'est l'art de se répéter ou de se contredire. Martin mendésiste ! Il n'a ni la rigueur de PMF, ni la stature de l'homme public, ni évidemment, le charisme  de l'homme d'Etat. Il est vrai que ce n'est pas ce qu'on lui demande. Pierre Mendès France avait du charme, de l'élégance, de la classe. Ceux qui l'ont rencontré — j'ai le bonheur d'en avoir été — se souviennent d'un homme doté d'une intelligence exceptionnelle et d'une maîtrise non moins étonnante du verbe et de la pensée. C'est à cet homme-là que François Hollande va rendre hommage. C'est à cette grande image de la gauche que le président de la République va consacrer une matinée de son temps précieux. 
En passant par Val-de-Reuil — si le projet actuel va au bout — le président n'ignore pas non plus qu'il va positiver une action conduite au niveau de l'Etat — la rénovation urbaine — et au niveau local puisque la mairie rolivaloise avec la Région, le Département et, un peu — si peu — avec la CASE, est engagée à fond dans ce programme depuis 10 ans, depuis qu'un certain Bartolone a lancé l'opération. Le président sera présent dans la plus jeune commune de France, une ville de gauche (et socialiste) surtout, dont le maire a recueilli 87 % des suffrages en 2007 ! 
Le président qui souhaite relancer la compétitivité des entreprises et inverser la courbe du chômage apprendra que Val-de-Reuil est en plein renouveau économique, démographique et industriel. Enfin, les réalisations y ont été nombreuses depuis toujours : les espaces publics, l'éducation, les logements, l'énergie, la sécurité, l'économie…sans oublier une diversité d'architectes talentueux due à l'exigence du maire actuel. Certains s'interrogent encore sur le sens du passage de François Hollande à Val-de-Reuil : et si le président leur répondait lui-même ?
(1) Dans son édition d'aujourd'hui Paris-Normandie présente PMF comme « un radical de gauche ». Du temps de Mendès France, seul le parti radical existait. Quand il y a eu scission autour du programme commun de la gauche « le mouvement des radicaux de gauche » s'est créé face au parti radical valoisien (classé à droite). Mendès France a quitté le parti radical pour adhérer au PSA puis au PSU de Michel Rocard.


en

1 commentaire:

pierre vandevoorde a dit…

Jean-Charles, je me permets une réaction à propos de ce que tu as écrit: Du temps de Mendès France, seul le parti radical existait. Quand il y a eu scission autour du programme commun de la gauche « le mouvement des radicaux de gauche » s'est créé face au parti radical valoisien (classé à droite). Mendès France a quitté le parti radical pour adhérer au PSA puis au PSU de Michel Rocard."
C'est en 1959 que Mendès France quitte le parti Radical, dans lequel il est en effet à gauche, avec ses amis du Centre d('Action Démocratique (C.A.D). pour constituer la droite du PSA, scission importante du parti socialiste d'alors (la SFIO), sur deux points essentiels: l'opposition à la guerre d'Algérie et au régime gaulliste. Leur adhésion est loin de faire l'unanimité, et suscite même des oppositions importantes au sein des deux autres courants qui donneront naissance au PSU en 1960: l'Union de la Gauche Socialiste et Tribune du communisme. A Louviers, ce sont les mendésistes qui créent le PSA. Ses animateurs sont alors le pharmacien Marouby, le directeur d'école Serge Jumelle, laïques de stricte obédience... et le professeur au lycée André Vandevoorde,mon père, catholique et syndicaliste CFTC puis CFDT.