3 avril 2013

« Rétablir la confiance… »

« Quand on demandait début 2012 à François Hollande, candidat à la présidence de la République, quelle serait la première mesure qu’il prendrait s’il était élu, sa réponse était invariablement : « Rétablir la confiance ».
Réponse quelque peu surréaliste, tant il semblait que les Françaises et les Français attendaient l’annonce d’une mesure concrète marquant le changement tant attendu dont François Hollande se prévalait après cinq années de sarkozysme.
Après l’immense gâchis que représentent les aveux de Jérôme Cahuzac, ex-ministre du budget, sur son compte en Suisse et dans les paradis fiscaux, la tâche paraît désormais insurmontable.
Il apparaît, semble t-il, que Bercy connaissait l’existence du compte en Suisse de Jérôme Cahuzac depuis 2008. Et que l’ancien président de la République, avait donné ordre par l’intermédiaire du Garde des Sceaux et du Procureur général de la République de suspendre toute enquête concernant l’UBS, l’Union des banques suisses, sur les agissements illégaux de cette banque sur le territoire français. C’est ce qu’affirme le journaliste Antoine Peillon, spécialiste de la question de l’évasion fiscale.
La connaissance de ces informations éclaire d’un jour nouveau la première mesure que prit le ministre Cahuzac quelques jours après sa nomination comme ministre du budget. Celle de nommer deux « experts » qui en quelques jours blanchirent Éric Woerth, l’ancien ministre du Budget de Nicolas Sarkozy, de l’accusation qui lui était faite d’avoir volontairement largement sous estimé l’évaluation de ses services dans l’affaire de la vente par l’État des terrains bordant l’hippodrome de Compiègne. Mesure et conclusions incompréhensibles dans le contexte de l’époque.
S’agissait-il d’un renvoi d’ascenseur de la part de Jérôme Cahuzac à l’égard d’Éric Woerth ? C’est la question qui vient immédiatement à l’esprit et qu’on se pose naturellement.
Le président de la République n’a apporté dans sa courte allocution, aucune réponse qui soit à la hauteur du scandale que déclenche cette affaire. Il n’avait pourtant qu’une annonce à faire : celle qu’il donnait ordre au Garde des sceaux, et sous les ordres de celui-ci, au Procureur général de la République, afin que la justice puisse en toute indépendance reprendre son travail dans l’enquête qu’elle avait engagé contre l’UBS. Ce travail permettait de mettre au jour l’ensemble des réseaux d’évasion fiscale entre la France et la Suisse, la liste des Françaises et des Français possédant ces fameux comptes ainsi que les montants déposés. Et d’engager les poursuites qui s’imposent à leur encontre. Antoine Peillon parle de 600 milliards d’euros déposés sur ces comptes et au minimum de 40 milliards d’euros de manque à gagner annuel pour le fisc français. Au lieu de proposer de diminuer les retraites, les prestations sociales, d’assécher les budgets de la Recherche, de l’Éducation, de la Santé et de réduire drastiquement les dotations aux collectivités territoriales. Au lieu d’infliger au pays la cure de rigueur réclamée par l’Union européenne, ou de nous répéter comme François Fillon que l’État est en faillite, que c’est normal de travailler plus longtemps puisque nous vivons plus longtemps et que nous vivons toutes et tous au-dessus de nos moyens.
Au passage verrait-on également les mouvements de fonds inverses venant sous la forme d’enveloppes alimenter en argent liquide les campagnes de certains partis politiques et découvrirait-on les noms de ces généreux donateurs, parmi ceux du premier cercle, par exemple, mais pas seulement ? »

Reynald Harlaut

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