19 décembre 2016

La situation financière de la ville de Louviers est fragile : le maire actuel apporte ses réponses à mes questions


La fragilité de la situation financière de la ville va-t-elle contraindre le maire à revoir ses projets ?
La situation financière de la ville de Louviers est « fragile ». Autrement dit et en langage clair, cela veut dire qu’elle est mauvaise. Et cette situation ne date pas d’hier. Il y a en effet belle lurette que les citoyens de notre ville et les observateurs impartiaux considèrent que le poids de la dette municipale est excessif, que les capacités d’investissements sont limitées et que les taux des impositions (taxe foncière et taxe d’habitation) sont bien supérieurs aux moyennes admissibles.

A n’en pas douter, et même s’il la conteste, cette analyse a lourdement pesé dans le résultat de l’élection municipale de 2014 et la défaite de Franck Martin (1). Le rapport de la Chambre régionale des comptes sur la gestion municipale lovérienne (2) de 2011 à 2015 (soit cinq exercices) souligne à nouveau les aspects négatifs de cette gestion. Même s’ils constatent des efforts en 2014 et 2015, les magistrats financiers déplorent des tendances lourdes qu’il faudra des années afin d’en atténuer les effets.

On ne balaie pas d’un coup de baguette magique des défaillances dans l’entretien d’un parc immobilier (qu’on ignore en détail !) une course aux investissements heureusement compensée depuis que l’agglomération Seine-Eure a décidé de prendre en charge centre nautique et patinoire, enfin et surtout, les obstacles principaux que constituent la baisse des dotations de l’Etat (3). Si l’on ajoute un autofinancement réduit à la portion congrue et un fonds de roulement obligeant la commune à tirer des lignes de crédit à « perpet », on comprend pourquoi la gestion Martin avait suscité des opposition internes solides et argumentées.

Il n’en est que plus aisé pour les ex-opposants de la droite devenus majoritaires de se plaindre d’une situation qu’ils affirment vouloir redresser (progressivement) et que j’ai souhaité mieux connaître encore. C’est pourquoi j’ai adressé à François-Xavier Priollaud, maire, cinq questions liées à l’analyse de la Chambre régionale des comptes. Il y a répondu avec précision même si le maire actuel, prudent, a parfois usé d’un vocabulaire préservant l’avenir notamment sur sa promesse de baisse des impôts. Je n’ai évidemment rien changé au texte de mes questions ni à celui des réponses du maire.
(1) Franck Martin a omis (?) de répondre aux demandes d'explications de la Chambre régionale des comptes.
(2)  De 2011 à 2013 gestion Martin, ensuite gestion Priollaud.
(3)  François Fillon envisage de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires essentiellement dans les collectivités territoriales. Il continuera donc de diminuer les dotations afin d'obliger les régions, départements, métropoles et agglomérations à « dégraisser ».

 La Chambre régionale des comptes met en évidence une faible capacité d’autofinancement. Comment comptez-vous y remédier ?

« J'ai hérité à mon élection d'une épargne nette négative, ce qui signifie que la ville n'était alors pas en mesure d'investir un seul euro sans emprunter ! Depuis 3 ans, nous avons restauré une capacité d'investissement qui, si elle reste encore faible, a vocation à augmenter significativement chaque année pour nous permettre de mener à bien notre programme d'investissements.  Les efforts de gestion que nous menons depuis 2014 produisent leurs effets. Contrairement à l'ancienne municipalité, nous n'avons pas fait le choix de la facilité consistant à systématiquement augmenter les impôts, alors même que les dotations de l'Etat étaient stables.  C'est dramatique d'avoir agi à si courte vue. »
L’augmentation des dotations de l’agglomération Seine-Eure comblera-t-elle, à l’avenir, la baisse des dotations de l’Etat ?
« Il n'est pas prévu d'augmentation des dotations de l'agglomération Seine-Eure ! Et tout nouveau transfert de compétence s'accompagne au contraire d'une réduction de la compensation versée par l'agglomération. C'est par nos efforts de gestion, et par nos seuls efforts que depuis 2014, nous digérons la baisse - historique par son ampleur - des dotations de l'Etat. Cela passe par l'instauration de procédures de gestion très strictes, par la mise en concurrence de secteurs qui ne l'étaient pas comme, par exemple, la conception et l'impression du journal municipal. Nous avons également procédé à une importante réorganisation des services de la ville qui permet des mutualisations et une meilleure performance de l'action publique locale, pour le service des habitants. A moyen et à long terme, c'est par le dynamisme de nos ressources fiscales qui nous rétablirons durablement les finances de la ville. Ce dynamisme, il ne doit pas résulter de  l'augmentation des impôts mais de  l'augmentation de la population de Louviers et donc du nombre de contribuables. On peut tout à la fois baisser les impôts et augmenter les recettes fiscales ! C'est le cœur de notre stratégie d'attractivité plutôt que de se lamenter sur la baisse inéluctable des dotations de l'Etat. »
 Les charges de personnel : La Chambre régionale considère qu’elles sont trop élevées, que les emplois non titulaires subissent une certaine inflation. Quelle va être votre politique dans ce domaine ?
« Lorsque je suis devenu maire, personne n'était capable de me dire combien d'agents étaient employés par la ville ! C'est un comble non ? Je n'évoque pas le sujet des heures supplémentaires qui n'étaient absolument pas contrôlées et représentaient plusieurs centaines de milliers d'euros. La chambre régionale des comptes le dénonce sous la mandature Martin et souligne les progrès réalisés depuis 2015. La hausse du nombre des emplois non titulaires est due à la mise en œuvre de la réforme des rythmes scolaires. Pour marquer une rupture avec les dérives et les négligences du passé, j'ai procédé il y a 18 mois à une réorganisation de la direction générale des services et nous avons mis en place des règles qui n'existaient pas en matière de gestion des ressources humaines. Instauration d'une démarche métier, plans de formation, mobilité interne, communication interne: nous sommes partis d'une page blanche ce qui est préoccupant dans une ville de 20 000 habitants. Beaucoup d'emplois permanents étaient occupés par des personnels non titulaires. J'ai décidé d'engager une politique de titularisations des agents concernés, dans un souci de justice et d'équité. Cette politique a d'ores et déjà bénéficié à une quinzaine d'agents municipaux.
La situation financière de la ville est « fragile ». Etes vous d’accord avec ce constat ? L’absence de fonds de roulement oblige la ville à tirer des lignes de trésorerie pour faire face à ses dépenses ? Est-ce durable ?
« Bien sûr que la situation financière de la ville de Louviers reste fragile. Je ne vais pas vous dire le contraire puisque je martèle ce discours depuis mon élection. Je me souviens des conseils municipaux où l'ancien maire déclarait haut et fort qu'il m'avait laissé une ville en parfaite santé financière. Au dernier conseil municipal, depuis la publication du rapport de la chambre régionale des comptes, vous aurez noté le changement de ton. Il fait profil bas. Mais si la situation demeure fragile, nos efforts menés sans relâche depuis trois ans, nous ont permis d'assainir structurellement les finances de la ville et de passer d'un cercle vicieux - celui du surendettement et de l'absence d'autofinancement -  à un cercle vertueux qui nous autorise à redevenir optimistes pour l'avenir. »
 D’une manière plus générale, quelle va être votre politique financière d’ici 2020 ? Baisserez vous les taux d’imposition comme vous l’avez déclaré publiquement ?
« Nous allons poursuivre jusqu'en 2020 les efforts engagés depuis 2014. Nous n'avons pas d'autre choix si nous voulons restaurer l'attractivité de Louviers. Mais un mandat de bonne gestion est tout à fait compatible avec un mandat de projets et de projets ambitieux ! Le contraire serait inquiétant. Oui nous allons baisser les taux d'imposition, non pas de façon spectaculaire car nous n'en avons pas les moyens et ce serait perçu comme électoraliste. Nous allons baisser les taux d'imposition de façon progressive mais continue dans le temps. C'est la condition de notre crédibilité et l'expression de la sincérité de notre démarche. »


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